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Des phéromones testées en forêt contre la processionnaire du chêne

Chenilles processionnaires du chêne
Des phéromones testées en forêt contre la processionnaire du chêne

Les phéromones pour lutter contre les chenilles processionnaires du chêne font l’objet de tests grandeur nature, menés par l’ONF et l’INRA dans plusieurs forêts de Moselle.

 

Des phéromones pour semer la désorganisation parmi les chenilles processionnaires du chêne ? C’est l’objet d’une expérimentation, une première en France, que mènent l’Office national des forêts (ONF) et l’INRA, dans plusieurs forêts domaniales de Moselle (région Grand Est)*. Une première évaluation est en cours.

Lancée à l’été 2016, l’opération doit évaluer l’efficacité de cette méthode – avec des phéromones différentes de celles utilisées contre la processionnaire du pin. L’ONF met, à la disposition des chercheurs, des massifs forestiers infestés de chenilles. L’unité expérimentale « entomologie et forêt méditerranéenne » de l’INRA à Avignon est aux commandes de l’expérimentation, avec aussi un appui technique du département de la Santé des forêts (ministère de l’Agriculture).

Une méthode sans pesticide

Si le test s’avère concluant, ce serait une nouvelle méthode pour faire face aux dégâts que provoque ce lépidoptère ravageur, et sans recourir aux pesticides. Hubert Schmuck, responsable environnement à l’agence ONF de Sarrebourg, énumère :

« Les poils de cette chenille, invisibles à l’œil nu, restent urticants durant plusieurs années. Ils incommodent les bûcherons, les sylviculteurs, les forestiers qui travaillent en forêt. Les poils urticants vont jusqu’à gêner les promeneurs, voire aussi les habitants des villages à proximité. De plus, les chenilles consomment les feuilles des chênes ; leur présence, conjuguée à d’autres facteurs, peut entraîner la mort des arbres. »

Les chênes sessiles et chênes pédonculés constituent un mets de choix pour les chenilles processionnaires du chêne, amatrices de feuilles caduques. Elles éclosent au printemps, avant le débourrement des chênes. Les adultes, papillons nocturnes, se manifestent de fin juillet à fin août. C’est durant cette période de reproduction que les phéromones interviennent.

Diffusion de phéromones et piégeage

L’expérimentation INRA-ONF porte sur sept parcelles de 10 ha, aux côtés d’autant de parcelles témoins de superficie équivalente. Elle vise à éprouver deux procédés :

la confusion sexuelle, en inondant l’atmosphère de phéromones artificielles.

« Nous accrochons aux arbres des diffuseurs sous la forme de lacets semi-rigides, pour faire en sorte qu’il y ait tellement de phéromones que les papillons mâles ne trouvent pas les papillons femelles, qui en émettent naturellement, et donc qu’ils ne puissent pas se reproduire »,

explique Hubert Schmuck, qui est aussi correspondant observateur du département de la Santé des forêts.

le piégeage de masse, par le biais de bonbonnes abritant des capsules de phéromones. Ces substances olfactives doivent alors attirer les mâles afin qu’ils tombent dans les pièges développés par l’INRA et la société espagnole Sansan.

Après un recensement initial des colonies en juin 2016, et le déploiement des diffuseurs et pièges durant l’été, les équipes ont à mener une première évaluation d’ici à la fin 2016. En 2017, est prévue une comparaison entre zones traitées et zones témoins. L’expérience, menée sur 3 ans, doit livrer ses résultats finaux au début de l’été 2019.

Piège à phéromones contre la processionnaire du chêne
Piège contenant des phéromones encapsulées (crédit photo: Hubert Schmuck/ONF)

Lutte mécanique et bacille de Thuringe Btk insatisfaisants

Jusqu’à présent, les forestiers de l’ONF disposaient de deux moyens pour lutter contre la processionnaire du chêne. Mais ni l’un ni l’autre ne donnent satisfaction.

La lutte mécanique, d’une part, consiste à extraire les nids de façon manuelle. « Il faut grimper dans les arbres pour ramasser les nids ou les faire tomber à l’aide de grandes perches. C’est artisanal, cela prend du temps et peut coûter assez cher », décrit Hubert Schmuck. De plus, le risque de contact avec les insectes urticants demeure.

Le traitement phytosanitaire, d’autre part, utilise le bacille de Thuringe kurstaki (Btk), insecticide biologique homologué. Sa pulvérisation, ici à hauteur de 4 litres à l’hectare, s’opère soit par aéronef, soit au sol avec une turbine associée à un véhicule. Dans ce dernier cas, « les arbres doivent être accessibles, et pas trop hauts, de 25 à 28 mètres au maximum », relève Hubert Schmuck.

Considéré comme sans danger pour les hommes et autres mammifères, le Btk présente l’inconvénient d’agir indifféremment envers plusieurs types de papillons, comme le souligne l’Anses** dans un rapport de 2013 :

« Le traitement au Btk de la processionnaire du chêne pose donc a priori plus de problème pour la faune entomologique car il intervient au printemps, au moment où de nombreuses chenilles sont présentes dans le milieu forestier. »

Face à l’ampleur des nuisances, l’ONF s’est résolu à appliquer, en mai 2016, du Btk sur une partie du massif forestier (8 500 ha), hors zones Natura 2000. Un suivi naturaliste doit en mesurer l’efficacité, et aussi l’impact sur les papillons et d’autres espèces.

Chrystelle Carroy/Forestopic

* L’expérimentation sur les phéromones contre la chenille processionnaire du chêne se déroule dans forêts domaniales d’Albestroff, Assenoncourt, Fénétrange et Languimberg.

** Anses : Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

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