Un premier gouvernement Macron-Philippe qui cache la forêt

Passation de pouvoirs entre Stéphane Le Foll, à gauche, et Jacques Mézard, à droite, le 17 mai 2017 au ministère de l’Agriculture
Passation de pouvoirs entre Stéphane Le Foll, à gauche, et Jacques Mézard, à droite, le 17 mai 2017 au ministère de l’Agriculture (crédit photo: droits réservés)
Un premier gouvernement Macron-Philippe qui cache la forêt

Si la filière forêt-bois n’apparaît pas explicitement dans les portefeuilles du premier gouvernement Macron-Philippe, elle reste attendue, telle une évidence, comme une attribution du ministère de l’Agriculture.

 

Ne cherchez pas ! La forêt n’apparaît nulle part dans les intitulés des ministères, dévoilés en même temps que la formation du gouvernement d’Édouard Philippe, Premier ministre, le 17 mai 2017.

« La forêt va avec l’agriculture »

Avocat de profession, élu sénateur du Cantal en 2008 et réélu en 2014, le nouveau ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Jacques Mézard, a déclaré, ce 18 mai 2017, à France Info :

« Pour moi, la forêt va avec l’agriculture. »

Sans attendre, les interprofessions France Bois Forêt (FBF) et France Bois Industries Entreprises (FBIE) viennent d’adresser un courrier au Premier ministre. Comme nous l’explique Cyril Le Picard, président de FBF :

« Nous rappelons, dans cette lettre, que la filière forestière représente une force économique et une filière d’avenir et qu’il est absolument anormal que le mot “forêt” ne soit pas accolé à l’agriculture. »

De même, aux yeux d’Antoine d’Amécourt, président de la fédération des syndicats de forestiers privés Fransylva, c’est une évidence, la forêt relève du ministère de l’Agriculture et non de celui en charge de l’environnement :

« Être sylviculteur, c’est être producteur de matière. La forêt représente un tiers du territoire national, et elle est à 75 % le fait de forestiers privés. Il ne peut en être fait abstraction. »

À noter, Jacques Mézard a été, au Sénat, membre de la section « trufficulture, oléiculture et cultures traditionnelles ».

Transition écologique, solidaire… et forestière ?

Quant au « ministère de la Transition écologique et solidaire », il revient à Nicolas Hulot, personnalité médiatique qui pourtant a refusé plusieurs fois de porter la casquette ministérielle. Il est attendu sur plusieurs sujets. Cela comprend le développement des énergies renouvelables, à commencer par la biomasse bois – à l’heure où le projet de stratégie nationale sur la biomasse vient d’être mis en consultation publique.

Et pourquoi la forêt n’irait-elle pas au ministère chargé de l’environnement ? Pour Antoine d’Amécourt, elle risquerait d’y être considérée comme un espace sanctuarisé : « Ce n’est pas en gelant l’activité que l’on gère durablement une forêt », affirme-t-il.

Des passerelles restent à consolider. Par exemple, la création de l’Agence française pour la biodiversité (AFB), lancée début 2017, a fait l’effet d’une douche froide. Selon Antoine d’Amécourt :

« Il est scandaleux qu’il n’y ait pas un représentant de la forêt, privée ou publique, au conseil d’administration de l’Agence pour la biodiversité. S’il y a de la biodiversité en France, elle se trouve principalement en forêt. »

Tandis que les forestiers y brillent par leur absence, l’instance décisionnaire de l’AFB comprend des représentants de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), des chambres d’agriculture, de collectivités ou encore de l’association environnementale FNE.

Pour un délégué interministériel forêt-bois

Dans les faits, la filière forêt-bois se trouve à la croisée de plusieurs trajectoires ministérielles, qu’il s’agisse d’agriculture, d’industrie, d’environnement, ou encore de la construction bois et du logement qui relève de Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires.

D’où la demande de « créer un poste de délégué interministériel forêt-bois auprès du Premier ministre, garant d’une stratégie de filière partagée par l’ensemble des ministères ». C’est la première revendication du livre blanc, présenté par France Bois Forêt et FBIE, à l’occasion des élections nationales de 2017. De quoi englober de multiples enjeux, de la fixation du carbone à la biodiversité, en passant par la compétitivité des entreprises et la taxe carbone.

Jacques Mézard, invité à se saisir des enjeux forestiers

Sous la bannière de l’UCFF*, les coopératives forestières invitent le ministre de l’Agriculture à se saisir des enjeux forestiers :

« Les coopératives sont prêtes à participer à la mobilisation de 12 millions de mètres cubes supplémentaires annuellement d’ici 9 ans, prévue dans le programme national de la forêt et du bois, et demandent au nouveau ministre de ré-impulser un élan mobilisant les forestiers producteurs. »

Même son de cloche à la Fédération des entrepreneurs des territoires (FNEDT), qui « demande à Jacques Mézard de se mobiliser pour l’agriculture et la forêt française ».

De plus, le ministre sera invité à l’assemblée générale des forestiers privés de France, qui se tient le 13 juin 2017.

Selon nos informations, il est confirmé que la forêt compte parmi les attributions du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Ce qui fut entériné le 25 mai par la publication d’un décret. Selon le texte, « le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation prépare et met en œuvre la politique du gouvernement dans le domaine de l’agriculture, des industries agroalimentaires, de la forêt et du bois, des pêches maritimes et de l’aquaculture ».

En parallèle, le ministre de la Transition écologique, chargé du développement durable, de l’environnement et de l’énergie, a son mot à dire, puisqu’« il participe, en liaison avec les ministres intéressés, [...] à la détermination de la politique d’aménagement de l’espace rural et de la forêt » (décret du 24 mai 2017).

Chrystelle Carroy/Forestopic

* UCFF : Union de la coopération forestière française.

Mis à jour le 26 mai 2017.

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