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Construction: «Travailler en amont avec la filière forêt-bois» (Paul Jarquin, REI)

Paul Jarquin, dirigeant de REI
Construction: «Travailler en amont avec la filière forêt-bois» (Paul Jarquin, REI)

Comment faire se rencontrer la forêt, les entreprises de la transformation du bois et le secteur de la construction ? Entretien avec Paul Jarquin, fondateur de REI, promoteur immobilier.

 

Paul Jarquin est président-directeur général de REI, promoteur immobilier spécialisé dans les logements collectifs à structure bois. Dans un entretien accordé à Forestopic, il aborde la coopération franco-japonaise dans la construction bois, les relations de REI avec la filière forêt-bois et la stratégie de l’entreprise.

Vous étiez de la délégation française qui a participé au forum franco-japonais de l’innovation, à Osaka, en décembre 2016. Qu’avez-vous tiré de ce voyage au Japon ?

Paul Jarquin : Au Japon, le bois est le matériau dominant dans 75 % des constructions neuves, dont 89 % en maisons individuelles et 35 % en collectif. Il se vend, au Japon, des maisons en bois lamellé croisé (CLT) en kit, à un prix inférieur à celui du béton. À la faveur d’une nouvelle réglementation, le pays s’intéresse au bois pour les immeubles de grande hauteur. Dans ce contexte, nous venons de signer une charte sur les savoir-faire, avec notamment l’institut FCBA et des partenaires japonais, dont le Building Research Institute et Nice Corporation. L’entreprise Nice Corporation détient des forêts, des scieries, elle opère dans la première et la deuxième transformation, et exerce une activité de promoteur.

Est-ce un modèle d’intégration verticale à suivre, selon vous ?

P. J. : Ils créent des emplois locaux, avec des ancrages locaux limitant l’empreinte carbone, et une priorité donnée au bois local.

Qu’attendez-vous de cette coopération franco-japonaise sur le bois ?

P. J. : L’idée est de s’adosser aux travaux scientifiques réalisés au Japon, par exemple sur l’impact du bois apparent sur le bien-être ou la qualité de l’air. Les Japonais sont en pointe sur les systèmes antisismiques. En regard, ils peuvent apprendre des Français pour ce qui est de l’isolation du bâtiment.

Où en sont les projets de REI ?

P. J. : La plupart de nos réalisations se situent à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. « L’Anthracite », immeuble livré en 2015, a remporté un prix de l’innovation des Pyramides d’argent 2016, ce qui montre que les promoteurs français ont reconnu ce projet bois comme innovant. Pour l’immeuble « Le Bourg », nous avons réussi à marier différents systèmes constructifs en bois, avec notamment Techniwood et Lineazen. Ce programme comprend du CLT, de l’ossature, du poteau-poutre. La Semaest vient de nous sélectionner pour le projet « WikiVillage » à Paris.

Comment choisissez-vous les essences ? D’où vient le bois ?

P. J. : Nous utilisons quasi exclusivement des résineux, tels le douglas, l’épicéa, le pin. Nous avons testé le hêtre. Et, bien sûr, nous optons pour du bois certifié, PEFC ou FSC. Pour nous, l’atout du bois, c’est l’écologie et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Aller au bout de cette démarche implique des circuits courts. C’est-à-dire au plus près du chantier. Peut-être que, pour le Grand Paris, ce sera du bois des Vosges ; des réflexions sont en cours avec l’interprofession régionale Francîlbois. Les circuits courts, ce n’est pas exclusivement du bois français si, par exemple, KLH fournit du CLT au plus proche.

Concrètement, comment travaillez vous avec la filière forêt-bois ?

P. J. : Le plus en amont possible. L’idée est de développer telle technologie avec telle forêt. Nous ne procédons plus par appels d’offres. Nous choisissons un charpentier. Et le temps qu’il aurait passé à répondre à l’appel d’offres, il le consacre désormais à la structuration du projet. Ceci afin qu’ensemble, nous nous posions la question de savoir avec quelle scierie et avec quels systèmes constructifs travailler et d’où vient le bois. Cela nécessite d’instaurer une traçabilité. Car aujourd’hui, celle-ci se perd, lorsqu’au sein d’une entreprise de transformation, les grumes sont toutes rangées au même endroit. Nous sommes au début de cette approche. Nous essayons aussi de la proposer aux architectes, en lien avec les bureaux d’études, afin que, dès le départ, ils mettent leur créativité au service de la valorisation d’un savoir-faire, d’un matériau. J’espère que les futurs architectes partiront de la ressource pour se demander ce que l’on en fait ; certains y sont déjà.

La forêt française reste en majorité feuillue, alors que la demande est tournée vers les résineux. Comment vous situez-vous dans ce débat ?

P. J. :  Nous sommes à l’écoute des innovations. Nous collaborons avec Lineazen pour développer le CLT en hêtre, et pas seulement pour les planchers.

Quelles perspectives voyez-vous pour la construction bois en France ?

P. J. : REI est en croissance, avec un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros en 2016, et 150 millions d’euros d’opérations en cours. Nous croyons dans la technologie de l’ossature bois. Et nous avons identifié quatre fabricants français de CLT, soit Monnet-Seve, Sacba, Lineazen, Belliard. À terme, des gains de productivité rendront les chantiers plus rapides. La France dispose d’un outil industriel. Chez les charpentiers, les usines ne tournent pas à plein régime. Si demain, 100 tours en bois sont à construire en France, saura-t-on structurer la filière ? Nous disposons de la ressource, des savoir-faire. Allons-y.

À quand un siège social en bois pour REI ?

P. J. : C’est prévu, nous l’espérons avant 2019. Ce sera à Montreuil, où se trouve notre siège actuel. Avec une dimension 100 % bois français. Nous souhaitons en faire un démonstrateur de tout ce que l’on peut faire avec le bois.

Entretien réalisé par Chrystelle Carroy

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