Optimisation tous azimuts pour l’approvisionnement en bois énergie

Broyeur préparant le bois énergie, en forêt de Cîteaux, Côte-d’Or
Optimisation tous azimuts pour l’approvisionnement en bois énergie

La montée en puissance du bois énergie s’accompagne d’une optimisation du transport, des coûts et de la traçabilité. L’ONF et les coopératives forestières, notamment, y travaillent main dans la main.

 

Optimiser les coûts ! C’est l’une des priorités du bois énergie. Le parc des chaufferies monte en puissance et implique de massifier et de sécuriser l’approvisionnement. C’est même une montée en flèche, depuis 2000, pour le segment des chaufferies bois des collectivités et des industries, quoique le prix bas des énergies fossiles ait freiné les nouveaux projets depuis 2014. Le comité interprofessionnel du bois énergie (CIBE) recense 5 800 installations de ce type en France en 2016. Il y a 10 ans, le pays comptait à peine un millier de sites. Ce parc consomme l’équivalent de 11 millions de tonnes par an de plaquettes forestières humides (y compris des granulés).

Groupements ONF-coopératives

En amont, ONF Energie, filiale de l’Office national des forêts (ONF) et de la FNCOFOR (communes forestières), et les coopératives forestières travaillent main dans la main. Cela passe par la réponse en commun aux appels d’offres pour l’approvisionnement de chaufferies, via des groupements momentanés d’entreprises (GME). Les coopératives elles-mêmes se regroupent. À l’instar de Forêts et Bois de l’Est, Unisylva, Nord Seine Forêt et CFBL, qui ont lancé, mi-2016, Sylvo Watts, une structure chargée de commercialiser les plaquettes forestières.

La mutualisation ONF-coopératives remonte à une dizaine d’années et elle continue à se développer. Christophe Chapoulet, directeur d’ONF Energie, revient sur ses débuts :

« ONF Energie a été créé en 2006, et des contacts ont été pris assez vite avec les coopératives, à commencer par celle des Vosges, Forêts et Bois de l’Est. Nous nous sommes mis à coopérer, d’abord en faisant appel aux mêmes prestataires et en organisant leur travail. »

Une façon de réduire les coûts, relève Lionel Say, directeur général de la coopérative CFBL :

« En présence de marges réduites dans le bois énergie, nous nous devons d’optimiser les flux, avec les tournées de broyage et le transport optimisés le plus possible. »

Système d’information et R&D mutualisés

Étape suivante ? Le système d’information. Coopératives et ONF se sont alliés pour la conception et le développement d’un même outil informatique, « que nous faisons progresser », souligne encore Christophe Chapoulet. Chacun a accès à ses propres données. L’outil centralise des informations sur la gestion des chantiers, la géolocalisation des piles de bois et leur statut (débardage, coupe, broyage…), les quantités ou la facturation. À présent, la maison mère ONF est en train d’intégrer ce dispositif.

De quoi, aussi, gagner en traçabilité. Avec de nouveaux développements en cours, comme le décrit David Portron, responsable des systèmes d’information à l’union de coopératives UCFF :

« Nous travaillons à la standardisation du référencement des piles de bois, qui existe actuellement sous plusieurs formes, tels les codes-barres. De plus, des applications mobiles sont en développement pour les entrepreneurs de travaux forestiers et les transporteurs, comme cela se fait déjà avec les broyeurs. »

La recherche et développement fait aussi l’objet de réflexions conjointes. Cela concerne l’évolution du matériel, afin qu’il combine au mieux puissance et légèreté. Les équipementiers testent des engins sur des chantiers mis à leur disposition, en vue d’en évaluer le coût ou le rendement. Ce qui se fait, par exemple, dans le cadre de Sotraforest. Cette société de travaux forestiers, créée par Forêts et Bois de l’Est, compte aujourd’hui dans son capital l’entreprise de mécanique forestière Nicolas Vigneau, ainsi qu’ONF Energie.

L’entretien de la forêt à moindre coût

Pour le propriétaire forestier, la vente du bois énergie contribue à réduire les coûts d’entretien de la forêt, par exemple lors des travaux d’éclaircies. À Selongey (Côte-d’Or), André Voisin, propriétaire privé d’une forêt gérée par CFBL, estime que le bois énergie lui rapporte 250 euros à l’hectare (net de frais de coupe), tandis que replanter coûte 1 000 à 1 500 euros à l’hectare.

Patrick Soulé, directeur général adjoint de l’ONF, en résume la philosophie :

« Le bois énergie permet de valoriser des peuplements pauvres, pour mener des actions sylvicoles visant à améliorer la qualité du bois par la suite. »

Lors d’un chantier en forêt domaniale de Cîteaux (Côtes-d’Or), présenté à la presse en janvier 2017, un expert présent sur place remarque « quelques très belles grumes pouvant aller jusqu’à environ 50 cm de diamètre ».

Questionné à ce sujet, Christophe Chapoulet, d’ONF Energie, temporise :

« Le bois énergie se compose en priorité de bois tordus ou de petits diamètres, difficilement valorisables. Quand l’outil passe, en vue d’une coupe, il effectue une opération complète. Il peut y avoir quelques arbres de gros diamètre dans une pile. Mais, tous les gros bois ne sont pas bons à valoriser. Ce peut être des arbres dont le pied est pourri ou qui comportent un énorme nœud. »

Chantier forestier présenté à la presse en Côte-d’Or et son panneau non renseigné
Chantier forestier présenté à la presse, et son panneau (crédit photo: Forestopic, 2017)

Nouveaux objectifs avec la programmation de l’énergie (PPE)

Pour les énergéticiens aussi, l’optimisation du transport est de mise. Chez Soven, centrale d’achat du groupe Engie, Pierre-Laurent Pichon en donne un exemple :

« Depuis quelques années, se développent le broyage du bois en forêt et son envoi direct en chaufferie, plutôt que de le faire passer par des plateformes de logistique. »

La filière du bois énergie doit encore se développer, si l’on se base sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Celle-ci fixe un objectif de 13-14 millions de tonnes équivalent pétrole (tep) en chaleur et froid produits à partir de biomasse en 2023, en France continentale. Pour les seules chaufferies bois collectives ou industrielles, cela représente, selon le CIBE, 2,3 à 3,3 millions de tep, incluant 12 millions de tonnes de bois supplémentaires à mobiliser.

Chrystelle Carroy/Forestopic