Du bois pour fabriquer des bornes de gel hydroalcoolique, des masques anti-postillons et même des antiviraux

Borne de distribution sans contact de gel hydroalcoolique développée par Pic Bois (crédit photo: Pic Bois)
Borne de distribution sans contact de gel hydroalcoolique développée par Pic Bois (crédit photo: Pic Bois)
Du bois pour fabriquer des bornes de gel hydroalcoolique, des masques anti-postillons et même des antiviraux

Des innovations fourmillent, face à la crise sanitaire du coronavirus (Covid-19). Le bois n’est pas en reste. Des projets en sont au stade industriel, préindustriel, ou en phase de recherche.

 

Le bois et ses dérivés, tels que papiers-cartons, se sont déjà distingués pour le comportement du nouveau coronavirus (SARS-CoV-2) en contact avec ces matériaux. Des innovations voient le jour, contribuant à faire face à la crise sanitaire. De quoi imaginer des kits anti-Covid-19 à partir de cette ressource renouvelable qu’est le bois.

Des bornes en bois pour le gel hydroalcoolique

Pic Bois lance une borne de distribution de gel hydroalcoolique faite de bois, à partir de panneaux d’épicéa contrecollés (trois plis). Le distributeur « sans contact » fonctionne de manière mécanique. Il s’actionne avec le pied, au moyen d’une pédale. Pic Bois, spécialiste de la signalétique touristique et du mobilier urbain ou de loisir, propose trois modèles pour cette « borne mains propres », support d’une communication personnalisable. À partir de 350 euros HT la pièce, elle se destine aux lieux accueillant du public (camping, parcs de loisirs…), aux entreprises et autres commerces. Un flacon de savon peut se substituer à celui de gel, dans les écoles par exemple.

Après une mise au point des prototypes de borne sur son site de Brégnier-Cordon (Auvergne-Rhône-Alpes), Pic Bois se tient prêt pour mobiliser ses unités de production de Carpentras (PACA), La Gacilly (Bretagne), Tournay (Occitanie), en fonction de la demande.

Pour fabriquer la borne, il se fournit en panneaux auprès du savoyard Dispano. L’épicéa utilisé provient d’Autriche ou d’Allemagne, selon une information datant de 2017.

PEFC France salue cette initiative – Pic Bois dispose d’une chaîne de contrôle certifiée PEFC (et Dispano aussi). Néanmoins, « selon les exigences de la norme, comme nous ne faisons pas de séparation physique, nous ne pouvons pas annoncer que la borne est certifiée PEFC 100 % », nous précise Pic Bois.

La distribution de gel hydroalcoolique a aussi inspiré, par exemple, l’ébéniste Raymond Faber implanté en Nouvelle-Aquitaine ou le dijonnais Strat Design, spécialisé dans les espaces éphémères, qui ont développé leur propre modèle de borne en bois.

Technologie innovante pour des masques en papier

La présence du coronavirus entraîne la production de masques de protection respiratoire et autres masques faciaux dits « grand public » faisant notamment barrage aux postillons. Des papetiers de l’Hexagone sont déjà actifs sur le créneau.

En parallèle, une technologie innovante relevant de la chimie, issue de travaux du CNRS, pourrait trouver, avec ces masques, une nouvelle application. Il s’agit de la chromatogénie qui suscite déjà un engouement dans le secteur de l’emballage alimentaire. Elle consiste à greffer, sur la molécule de cellulose, un composé d’huile végétale, ce qui rend le papier hydrophobe tout en laissant passer l’air. De quoi arrêter les gouttelettes sans empêcher la respiration.

Une nouvelle filière de masques en papier « chromatogénique » est en projet, en Occitanie, sous l’impulsion du conseil économique, social et environnemental régional (Ceser). Jean-Louis Chauzy, président du Ceser Occitanie, présente :

« En quelques semaines, nous avons monté un écosystème, en vue de parvenir à un projet industriel. Un masque grand public jetable, à bas coût, produit à partir de pâte à papier, a été soumis à l’arbitrage de la direction générale de l’Armement (DGA) [qui teste des masques de protection contre le Covid-19, NDLR]. Dès que nous avons le feu vert de la DGA, l’État, les collectivités locales, les entreprises, pourront passer commande. »

Le Ceser a rallié, autour de ce concept, le papetier Fibre Excellence, pour fournir la pâte, deux entreprises de transformation, Sterimed (ex-Arjowiggins Healthcare) qui détient une usine dans les Pyrénées-Orientales, et l’ariégeois Papeteries Léon Martin, ainsi que DSI, entreprise de l’économie sociale et solidaire chargée du façonnage, et une école de chimie toulousaine.

« L’étape suivante résiderait dans la fabrication de masques chirurgicaux, de blouses et de manchons »,

anticipe Jean-Louis Chauzy.

D’autres papetiers sont sur le pont en France, pour mettre au point des masques composés de cellulose et traités par chromatogénie. Ainsi, des travaux sont en cours avec le Centre technique du papier, basé à Grenoble, en lien avec Axelera, pôle de compétitivité lyonnais chimie et environnement. Là aussi, les projets visent à faire émerger des filières régionales, à coûts maîtrisés.

Des antiviraux dans la sciure de bois

Le bois recèle des propriétés antivirales à la disposition des scientifiques, notamment pour les recherches sur des traitements potentiels contre le Covid-19. C’est la conclusion de travaux menés par l’unité de recherche « agro-biotechnologies industrielles » (URD ABI) d’AgroParisTech et l’université de Reims Champagne-Ardenne. Ils ont donné lieu à une publication dans la revue European Journal of Organic Chemistry.

À l’origine, le groupe australien Circa, actif dans la biochimie, s’est tourné vers les chercheurs de l’URD ABI, en vue de valoriser la lévoglucosénone, une molécule issue du traitement par « flash pyrolyse » de sciure ou de copeaux de bois. L’URD ABI a breveté « un procédé écologique et non-toxique » pour transformer la lévoglucosénone en une autre molécule (4-Hydroxyméthyl-Butyrolactone). Ensuite, des procédés de chimie fine plus classique en tirent le ribonolactone, de manière « durable à partir de coproduits bon marché », souligne AgroParisTech. Le ribonolactone entre dans la composition de médicaments, notamment des antiviraux.

Chrystelle Carroy/Forestopic

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