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Forêt et compensation carbone: un marché en devenir (étude I4CE)

La compensation carbone volontaire enregistre des prix de 4 à 24 euros par teq CO2 en 2015
Forêt et compensation carbone: un marché en devenir (étude I4CE)

Les projets forestiers ou agricoles séduisent, au sein du marché de la compensation carbone volontaire en France. Les prix du carbone paraissent faibles, mais la demande est susceptible de croître.

 

Créer un cadre national pour la certification carbone des projets forestiers, cela implique d’abord de connaître le marché. L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) publie une étude* sur la demande volontaire en crédits carbone en France, avec un focus sur le carbone forestier et agricole. Cet institut, fondé par la Caisse des Dépôts et l’Agence française de développement, a conduit un questionnaire en ligne, ayant reçu 179 réponses, et a mené des entretiens avec 21 entreprises et quatre collectivités.

Le rapport s’intéresse aux motivations des financeurs, qui achètent des unités carbone à proportion des émissions de CO2 réduites ou séquestrées par les projets qu’ils soutiennent. Au sein des entreprises ou des collectivités, la compensation carbone participe le plus souvent d’une stratégie de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, voire d’un objectif de neutralité carbone. Financer des plantations d’arbres, par exemple, est alors un moyen de stocker du carbone.

De fortes variations de prix

Près de 2 millions de tonnes d’équivalent CO2 (teq CO2) en 2015 ont été achetées en France par les organisations sondées qui ont renseigné ce volume – un chiffre sous-estimé, du fait de réponses partielles. Ce marché pourrait croître de 50 % dans les dix prochaines années. L’I4CE souligne toutefois que cette projection s’avère « fragile » et que l’évolution du marché reste « incertaine », notamment du fait du « caractère temporaire de certaines démarches ».

Le prix du carbone varie de 4 à 24 euros par teq CO2, selon les transactions. Cette large fourchette s’explique par la diversité des initiatives financées, par des prix dégressifs en fonction du volume acheté et par des négociations de gré à gré. Le prix moyen des crédits pondéré par les volumes s’établit à 4,23 euros par teq CO2 en 2015. Des prix jugés « faibles » par l’I4CE.

De son côté, le Centre national de la propriété forestière (CNPF) fait part d’un coût hors certification de 21 à 129 euros par teq CO2 en se basant sur des projets pilotes forestiers menés en France.

Ancrage territorial, bénéfices environnementaux

Qu’en est-il de la localisation des projets ? C’est d’abord dans les régions d’implantation de leurs activités que les organisations souhaitent agir. À défaut, la France métropolitaine ressort en deuxième choix. La localisation en France est perçue comme synonyme de qualité, mais susceptible de coûter plus cher.

Si le carbone forestier ou agricole séduit, c’est pour ses atouts en termes de développement rural ou de bénéfices environnementaux pour l’eau ou la biodiversité. Ces affinités sont d’autant plus marquées au sein des entreprises dont l’activité présente des liens avec la forêt ou l’agriculture. C’est le cas de l’agroalimentaire, de la cosmétique, de l’ameublement ou des papetiers. La facilité à communiquer sur des projets « charismatiques » est un autre facteur de décision.

Boisement et reboisement plébiscités

La compensation carbone s’adosse à des enjeux multiples. Selon l’I4CE :

« La compensation [carbone] peut être un moyen d’initier ou de pérenniser des projets sécurisant les approvisionnements des organisations, protégeant leurs activités ou leur filière de production, ou valorisant leurs territoires d’implantation. […] À titre d’exemple, des projets de sécurisation des approvisionnements, valorisés sous forme de compensation, peuvent prendre la forme de projets d’agroforesterie, de restauration d’écosystèmes, de renouvellement des peuplements forestiers, la plantation de haies etc. »

Parmi les projets forestiers, le boisement ou le reboisement sont les plus plébiscités, ainsi que les actions de conservation et de protection. « La gestion forestière améliorée est parfois considérée comme complexe et peu accessible », note l’institut.

L’étude s’inscrit dans le projet Vocal, lancé fin 2015 par l’I4CE et des partenaires dont le GIP Massif central et le CNPF, avec des financements de l’Union européenne. Vocal participe de la mise en place d’un référentiel et de méthodologies de certification carbone volontaire qui soient reconnus par le ministère de l’Environnement.

C. C./Forestopic

* Potentiel et déterminants de la demande volontaire en crédits carbone en France, I4CE, janvier 2017.

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