Plantation de peupliers sur terres agricoles (crédit photo: Michel Rolland/CNPF)

Peupliers, un avenir prometteur

 

La silhouette élancée du peuplier, feuillu à croissance rapide, fait partie du paysage des vallées françaises. Après deux décennies de morosité, voire de désamour liés à une chute des cours, à l’éloignement des propriétaires de leurs (petites) parcelles, à des dépérissements dus à la rouille, fragilisant la pérennité de la filière, l’heure est à la relance et au renouvellement.

Forêts de France consacre son dossier de mars 2023 au peuplier. Bonne nouvelle : de nombreux interlocuteurs et ressources* sont disponibles pour accompagner les propriétaires dans une sylviculture précise et exigeante. Les populiculteurs peuvent compter sur une demande croissante en grumes de peuplier : pour le déroulage et la fabrication d’emballages légers ou de contreplaqués, et pour les scieries avec de belles perspectives pour le peuplier de structure.

La France, premier producteur européen de peupliers

La France est le premier producteur européen de peupliers (deuxième mondial après la Chine), et sa filière représente 20 000 emplois. En peuplements naturels, ils boisent spontanément les bords de cours d’eau et forêts alluviales (peupliers noirs, blancs et trembles). En peuplements plantés, ils sont issus de cultivars, c’est-à-dire de variétés obtenues par croisements puis reproduites par bouturage. Les peupleraies plantées représentent près de 2 % de la surface forestière (200 000 hectares) pour une surface moyenne de plantations de 1,25 hectare.

La crise sanitaire de la rouille à la fin des années 1990, couplée à des conditions de marchés peu favorables et à une image négative de la forêt plantée, a entraîné une forte baisse du rythme des replantations. Aujourd’hui en France, un tiers des surfaces populicoles exploitées n’est pas reboisé, et certains approvisionnements des industriels, tels que les fabricants de placage, s’en trouvent menacés.

Éric Paillassa, responsable national à l’Institut pour le développement forestier (CNPF-IDF) pour la recherche et développement (R&D) sur le peuplier, complète :

« L’éloignement des nouveaux propriétaires forestiers de leurs parcelles induit un désintérêt pour la production de peuplier, du fait de la petite taille des parcelles. »

Le peuplier offre pourtant un produit à la fois rentable et durable, et sa filière courte bénéficie à un important tissu économique rural.

Contreplaqué et emballage léger, voire bois construction

Avec des rotations courtes (15 à 20 ans) et un prix de vente correct (30 à 40 euros le m³), le peuplier est une essence qui offre un excellent rendement, même sur des surfaces réduites. La peupleraie a pour vocation la production de bois d’œuvre de manière rapide et abondante : la production moyenne est de 12 à 18 m³ par hectare et par an.

Les cultivars proposés, toujours plus résilients, permettent de s’adapter à chaque station et de limiter les risques sanitaires. Seuls les travaux de taille et d’élagage restent indispensables pour obtenir la meilleure valorisation. Le peuplier est la seule essence feuillue pour laquelle la densité initiale du peuplement est égale à la densité de récolte.

Le bois de peuplier peut être valorisé dans sa totalité. Blanc et souple, il est facile à travailler et donc économe en énergie. Il est apprécié des industriels du contreplaqué, dont le marché est en hausse durable, et des industries de l’emballage léger en bois (cagettes, caisses à fromages, bourriches…), qui répondent aux besoins d’une consommation plus responsable. L’amélioration continue de ses qualités mécaniques ouvre de nouvelles perspectives vers une utilisation en construction. Enfin, le peuplier se recycle sous forme de paillage, de panneau de particules ou bien même en bois énergie.

Le peuplier s’utilise vert et ne peut être stocké, il est donc à mobiliser rapidement. Si de nombreuses petites unités industrielles locales de la filière ont disparu ces dernières années face à la concurrence mondiale, l’arrivée d’acheteurs italiens et espagnols a permis de soutenir une forte activité à l’export.

Des atouts environnementaux

Le peuplier est probablement l’une des essences à tirer profit des conditions climatiques des dernières années. Le captage du CO2 est plus efficace en raison de sa masse foliaire qui croît à grande vitesse. Très bien complétés par du taillis, les milieux semi-ouverts de peupleraies abritent une multitude d’espèces animales et végétales. Si les mélanges de cultivars en plantation sont déjà pratiqués et encouragés depuis plusieurs années, quelques expérimentations montrent que le peuplier peut dans certains cas également venir compléter habilement d’autres feuillus à rotations plus longues.

Parmi les autres atouts environnementaux, on retiendra aussi la fixation des sols, la limitation des crues et l’amélioration de la qualité des eaux. Contrairement aux idées reçues, une peupleraie ne consomme pas plus d’eau qu’une prairie ou qu’une forêt de chêne. Enfin, le peuplier reste une essence idéale pour boiser des terres agricoles, pour désacidifier les sols avec une essence à croissance rapide.

Violaine Grimprel (Forêts de France)

* Notamment, le Conseil national du peuplier (CNP) a diffusé, courant 2022, des tutoriels en 20 vidéos sur la populiculture. Y sont abordés les techniques de préparation du sol, plantation, taille et élagage, maîtrise de la végétation, ou encore les atouts et les limites du peuplier sur le plan environnemental.



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Rubrique humoristique et satirique de la forêt et du bois


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