Pour FNE, la coupe, productrice de bois, doit avant tout être un outil de renforcement de la résilience et de la multifonctionnalité des forêts (crédit photo: Christophe Chauvin)

Il faut sauver PEFC

 

Le réseau France Nature Environnement (FNE) se retire de l’association de certification forestière PEFC et explique pourquoi. 

La certification forestière PEFC est née en 1999, à l’initiative d’organisations européennes de propriétaires forestiers, puis de l’industrie du bois. Elle s’est présentée comme le pendant européen de la certification FSC, issue pour sa part en 1993 d’acteurs environnementaux et industriels pour lutter contre la déforestation tropicale. La complémentarité ou plutôt la concurrence entre les deux labels a d’abord été tonique, PEFC s’adaptant efficacement au contexte institutionnel européen via le concept d’amélioration continue.

Ce concept de dialogue constructif a en effet permis, en régions, des rencontres d’un style nouveau entre acteurs de la forêt et du bois, usagers et associations environnementales. Mais l’avancée a été bloquée en 2012 par l’harmonisation nationale des standards, coupant court aux dialogues régionaux qui avaient pu s’instaurer. Les ONG environnementales, déjà peu nombreuses dans la gouvernance, ont progressivement quitté les entités régionales, l’agrandissement des régions compliquant encore les échanges. Au niveau national, la fédération France Nature Environnement (FNE) s’est retirée de PEFC une première fois en 2014, pour revenir en 2016 à l’occasion du renouvellement des standards. Aujourd’hui en 2023, après deux séquences de renouvellement, FNE préfère se retirer à nouveau.

Enjeux climatiques et sociaux : des avancées insuffisantes

FNE constate en effet que, malgré la forte implication de nombreux acteurs, à commencer par l’actuelle équipe de PEFC et sa présidente, les avancées sur les standards sont nettement insuffisantes par rapport aux enjeux notamment climatiques et sociaux. Alors que ces enjeux concernent aujourd’hui la résilience et la capacité d’adaptation des forêts, les nouveaux standards permettent de fragiliser ces mêmes forêts par la transformation de peuplements autochtones en plantations de faible diversité, souvent avec des essences exotiques, via des coupes rases sur de grandes surfaces.

La fédération FNE ne pouvait pas voter pour ces dispositions, contraires aux attentes de la société telles qu’exprimées en 2021-2022 lors des Assises nationale de la forêt. Elle ne pouvait pas non plus s’abstenir, compte tenu de l’importance des politiques de renouvellement forestier en train de se mettre en place au niveau national, dans le contexte du changement climatique. Il était alors de notre responsabilité d’exprimer clairement ce que beaucoup pensent chez les forestiers tant soit peu écologues : ces standards ne sont pas à la hauteur des enjeux. Nous avons donc voté contre, et nous nous retirons de PEFC et de sa gouvernance, trop déséquilibrée en faveur des enjeux économiques*.

L’amélioration continue, la promesse de PEFC

Nous continuons cependant de croire à l’amélioration continue, promesse initiale de PEFC, même si insuffisamment tenue à notre goût. Nous saluons notamment l’avancée que représente la préconisation d’un diagnostic préalable à tout chantier de renouvellement forestier, en rappelant qu’il doit s'agir d’un diagnostic de biodiversité autant que de résilience sylvo-climatique.

Ce diagnostic n’est pas en lui-même, dans les incertitudes d’aujourd'hui, la garantie de décisions pertinentes. Mais, il doit permettre d’éviter les plus grosses erreurs, et de progresser au fil du temps comme base d’un suivi. Avec le retour envisagé vers des modulations régionales, il rend possible cette fameuse « amélioration continue » au fil des essais et erreurs, dans un processus collectif de gestion adaptative.

Les cinq années qui viennent seront donc cruciales pour voir si PEFC peut réellement contribuer à une dynamique d’évolution concertée des pratiques. La fédération FNE restera vigilante quant à l’application des standards votés, pour PEFC comme pour FSC. Elle sera également active sur les évolutions législatives et réglementaires : dans l’urgence climatique nous souhaitons en effet équilibrer nos efforts d’accompagnement du changement entre la levée des résistances, la dénonciation des mauvaises pratiques, et la recherche de voies nouvelles techniques et politiques dans les divers forums dont est riche le monde forestier. Dont bien sûr les espaces de concertation de PEFC lors du prochain renouvellement des standards.

Christophe Chauvin, pilote du réseau forêt de FNE

* Note de la rédaction : un autre acteur, la Fédération des parcs naturels régionaux de France, s’est abstenu lors du vote sur la révision des standards PEFC. La fédération des PNR estime que « PEFC n’est pas allé assez loin sur la préservation de la biodiversité forestière ni sur l’encadrement des coupes rases ». Mais, elle reconnaît « que les travaux ont permis d’avancer sur certains points comme la nécessité pour les certifiés de réaliser un diagnostic détaillé afin de justifier de certaines pratiques ou pour dépasser les seuils de surface ».

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Rubrique humoristique et satirique de la forêt et du bois


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