Le sapin de douglas suit son trajet en première classe. Et demain?

La ressource forestière en douglas et sa valorisation sont au menu de plusieurs programmes régionaux forêt-bois en projet
La ressource forestière en douglas et sa valorisation sont au menu de plusieurs programmes régionaux forêt-bois en projet (crédit photo: F. Morlaix)
Le sapin de douglas suit son trajet en première classe. Et demain?

Le douglas va-t-il connaître un boom sur le marché du bois d’œuvre ? La récolte de grumes et la production de sciages augmentent. Des acteurs s’interrogent sur la pertinence des gros bois, voire sur un changement de sylviculture pour ce résineux.

 

La récolte de bois de douglas à bondi de plus de 15 % en 2017, pour totaliser 2,6 millions de m3 de grumes de qualité bois d’œuvre. Cela s’explique par la disponibilité des douglasaies qui « ont été massivement plantées à la fin du XXe siècle et ont aujourd’hui entre 35 et 45 ans », rappelle le service de statistiques Agreste.

La production de sciages suit la même courbe ascendante, atteignant 1,1 million de m3 en 2017, soit une hausse de 17,8 % sur l’année.

Le douglas, roi des résineux ? Les services du ministère français de l’Agriculture ne lui trouvent que des avantages, comme « sa capacité naturelle à repousser les insectes xylophages et autres champignons », les performances mécaniques de son bois et son aptitude au collage. Par ailleurs, le douglas vert supporte les sécheresses modérées.

Deux fois plus de douglas en 2030
Pour le douglas, la ressource forestière disponible pourrait avoisiner les 6 millions de m3 par an dans les années 2030, selon une étude prospective de l’institut FCBA. C’est plus du double de la récolte actuelle. « Les volumes sur pied augmentent, en particulier dans les peuplements âgés de plus de 50 ans, tandis que la surface n’évolue pas », a nuancé Alain Bailly, directeur du pôle biotechnologies et sylviculture avancée à FCBA, lors des Assises du douglas organisées à Bordeaux, en septembre 2018, par l’association France Douglas. Même son de cloche chez Lionel Say, directeur général de la coopérative forestière Bourgogne Limousin (CFBL), qui invite à tenir compte « du problème de renouvellement de la ressource à terme, notamment du fait de la baisse des plantations depuis une vingtaine d’années ». La France détient aujourd’hui le plus grand massif forestier de douglas d’Europe, avec près de 400 000 hectares, majoritairement en forêts privées.

Des gros bois pour la Bourgogne-Franche-Comté

Le gros bois de douglas pourrait devenir une étoile montante dans la constellation forestière de la Bourgogne-Franche-Comté. C’est le sens des réflexions menées dans le cadre du projet de contrat forêt-bois de cette région – la première à avoir présenté sa feuille de route à l’Autorité environnementale, en fusionnant, par ailleurs, le programme régional PRFB et le contrat de filière découlant du comité stratégique de filière national (CSF bois).

Reculer l’âge d’exploitabilité du douglas est une piste explorée par la filière forêt-bois du territoire. Sylvain Mathieu, vice-président de la Bourgogne-Franche-Comté en charge du bois, de la forêt et de la montagne, argumente :

« Il y a un intérêt économique à produire de gros douglas de qualité, sans nœuds, pour le bois d’œuvre. »

L’enjeu est aussi environnemental : « Il faut environ 65 ans (60 ans sur les sols les plus riches, 70 ans sur les sols les plus pauvres) pour qu’un douglas ait restitué au sol toute la matière minérale qu’il y a puisée pour pousser », selon le projet de contrat qui se base sur une étude de l’INRA datée de 2006.

Dans le Morvan, la sylviculture en débat

En parallèle, des élus locaux du Morvan veulent un changement de sylviculture. Dans ces réflexions, le résineux au bois brun rosé est en première ligne. Sylvain Mathieu détaille :

« Nous sommes en discussion pour voir comment inciter les propriétaires forestiers à ne plus pratiquer de coupes rases de douglas, là où l’impact paysager est fort, et favoriser la sylviculture irrégulière et la régénération naturelle. »

Le douglas, prisé par les scieries d’Auvergne-Rhône-Alpes

Dans les scieries d’Auvergne-Rhône-Alpes, le douglas s’avère de plus en plus prisé, au détriment du sapin, d’après une récente enquête de l’interprofession régionale forêt-bois Fibois, visant à évaluer les capacités de sciage des gros et très gros bois, d’un diamètre supérieur à 47,5 cm. Le très gros bois de douglas, excédant 67,5 cm, « peut être recherché pour la charpente », constate cette étude menée auprès de 28 scieries. Pour le reste, si de petites scieries se spécialisent dans les gros et très gros bois, d’autres, souvent semi-industrielles ou industrielles, préfèrent s’en détourner car ces approvisionnements tendent à désorganiser les lignes de production, voire à provoquer des dégâts matériels.

Reboiser en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie

Mobiliser les bois mûrs, renouveler la ressource en douglas sans perdre de vue la rentabilité ni l’acceptabilité sociale des coupes forestières, sont des enjeux identifiés pour la Nouvelle-Aquitaine.

Le renouvellement des douglaisaies vaut aussi pour l’Occitanie, où le projet de programme forêt-bois anticipe des tensions d’approvisionnement dans les scieries. Un constat qui concerne également le bois d’œuvre d’épicéa ou de chêne. Pour y pallier, la région entend miser sur le développement des contrats d’approvisionnement et sur la modernisation des scieries.

Chrystelle Carroy/Forestopic

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