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Îlot de sénescence à base de chêne sessile, en forêt domaniale de Romersberg, Moselle (crédit photo: François Lebourgeois)

Forêts en libre évolution: patrimoine du passé ou de l’avenir?

 

La Revue forestière française consacre un numéro thématique aux forêts en libre évolution ou à haute naturalité, c’est-à-dire sans coupe de bois, ni prélèvement de toute sorte. La forêt en libre évolution est au centre d’un débat à la fois scientifique, culturel, éthique et politique. Elle pourrait faire émerger de nouvelles formes d’associations végétales ou animales, même si les connaissances scientifiques ne sont pas encore bien établies à son sujet. 

L’intérêt renouvelé pour des forêts en libre évolution s’enracine dans une dynamique européenne devenue visible à la charnière des années 1990 et 2000. Il s’agit notamment de préserver des forêts rares et relictuelles en Europe occidentale. Les peuplements spontanés issus de la déprise agricole, apparus un peu partout en Europe, sont aussi concernés.

Forêts primaires, anciennes, forêts férales

Dans l’Union européenne (UE), des questions nouvelles découlent d’une politique communautaire en train de se mettre en place, relative aux primary and old-growth forests – une expression que la Commission européenne traduit par « forêts primaires et anciennes » (Stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030. Ramener la nature dans nos vies), tandis que l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), lors de son congrès mondial à Marseille en 2021, lui a préféré la traduction « forêts primaires et vieilles forêts ».

Le WWF, l’association Wild Europe et les institutions européennes (Parlement et Commission), pour ne citer qu’elles, ont suscité et accompagné un intérêt pour la wilderness (« nature sauvage »). Le comité français de l’UICN a décidé, en décembre 2011, de créer un groupe de travail dédié à la wilderness, et aussi à la nature férale. L’adjectif « féral » se dit d’un animal anciennement domestiqué ou issu de sélection génétique en élevage, revenu à l’état sauvage et adapté à son nouveau milieu naturel. « Féral » vient du latin feralis, de fera (« bête sauvage »). En anglais, le terme feral a pour synonyme wild, donc sauvage.

Mais, il existe une autre approche, dans laquelle la libre évolution s’intègre dans une vision plus vaste et ambitieuse, celle du rewilding (appellation connue internationalement), parfois traduite en français par « ré-ensauvagement ». La libre évolution s’accompagne alors, d’une part, d’une politique de restauration des populations d’espèces dites « clés de voûte » ou « architectes » (les espèces créant un environnement favorable à d’autres espèces), et d’autre part, de projets visant à l’effacement d’aménagements nuisibles à l’expression de fonctionnalités écologiques.

En France, des « réserves intégrales »

Depuis les années 1950-1960, il existe en France des espaces protégés pour lesquels la libre évolution des forêts fait partie des options possibles, au sein du régime de mise en « réserve intégrale » ; il s’agit des réserves biologiques, des parcs nationaux ou des réserves naturelles nationales.

Les réserves biologiques intégrales créées en forêt publique, maintenues en libre évolution sur 27 000 hectares en métropole, ont fait l’objet en 2020 d’un bilan complet de leur contenu en termes d’habitats forestiers. En Nouvelle-Aquitaine, une méthode croisant diverses données géographiques et d’inventaires a permis de situer des zones à fort potentiel de naturalité au sein des forêts anciennes.

Ceci dit, il n’existe pas à ce jour de cartographie complète des forêts anciennes et matures au niveau national. Mais, les forêts récentes, férales, liées à la recolonisation spontanée par une végétation forestière de zones en déprise, font maintenant l’objet d’un suivi spécifique de l’inventaire forestier national (IGN). Au niveau européen, un récent rapport du Joint Research Centre de l’Union européenne donne aussi quelques éléments.

Stockage du carbone, biodiversité

Sur le plan scientifique, il existe un débat, souvent polémique, sur la contribution des forêts en libre évolution (notamment celles qui comptent une proportion significative de bois sénescents et morts) au stockage du carbone, par comparaison avec le cycle du carbone qui caractérise les forêts gérées, incluant le bois qui en est issu. Les affirmations, dans un sens ou dans un autre, sont souvent péremptoires, et s’appuient fréquemment sur des biais méthodologiques ou des manques de connaissances identifiés dans les argumentations de ceux qui défendent une autre thèse.

Quelle relation entre naturalité et biodiversité ? Des travaux menés en Bretagne, abordant les boisements spontanés d’anciennes terres agricoles, font état d’un retour, plus rapide qu’envisagé, de certaines espèces rares ou menacées et de l’émergence de structures fonctionnelles assez proches de celles de certaines forêts anciennes.

Quels risques ?

Par ailleurs, les propriétaires et gestionnaires forestiers s’interrogent souvent sur la responsabilité associée, notamment au regard du risque de pullulation d’insectes dits ravageurs ou de champignons pathogènes, dans leur propre forêt et dans les propriétés avoisinantes, du fait même de l’option de libre évolution qui suppose la libre expression des perturbations naturelles. La question est vaste et les connaissances scientifiques disponibles, peu abondantes. Si le risque existe bien, il peut être généralement réduit et circonscrit. Les politiques forestière et environnementale pourraient évoluer pour mieux reconnaître la contribution de la libre évolution des forêts à leurs objectifs.

« Patrimoine du passé » ou « patrimoine pour l’avenir » ? Dans un contexte de changement climatique, la forêt en libre évolution pourrait faire émerger de nouvelles formes d’associations végétales ou animales.

Un colloque sur le thème du rapport au sauvage et des espaces laissés en libre évolution est programmé en juin 2023 au Centre culturel international de Cerisy, en Normandie.

D’après « La libre évolution, un concept aux multiples facettes »,
par Christian Barthod (IGPEF honoraire), Jean-Luc Dupouey (directeur de recherche, Inrae), Raphaël Larrère (directeur de recherche Inra en retraite), François Sarrazin (professeur, Sorbonne Université),
et autres articles du numéro thématique « Des forêts en libre évolution » de la Revue forestière française n° 2-3 de 2021, paru en avril 2022.



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Rubrique humoristique et satirique de la forêt et du bois



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