Publicité

Plant de douglas (crédit photo: Louis-Adrien Lagneau/CNPF)

Plongée dans la filière des graines et des plants, berceau de la forêt

 

Relance forestière, changement climatique : la forêt privée doit miser entre autres sur la plantation pour garantir le renouvellement de la forêt, tout en assurant son adaptation aux climats futurs. Dans cette équation à mille inconnues, le numéro de septembre 2022 de Forêts de France invite à découvrir les coulisses du renouvellement forestier. 

De la création variétale à la vente de plants, des semenciers aux pépiniéristes… la filière française des graines et plants repose sur une centaine d’entreprises et d’organismes spécialistes.

Le marché des graines forestières dominées par deux semenciers

Si les graines plantées en France, faisant partie du « matériel forestier de reproduction », peuvent provenir de peuplements forestiers, la grande majorité des plants aujourd’hui proviennent de graines issues de vergers. « Cette proportion est estimée à 80 % », précise Joël Conche, expert national graines et plants à l’Office national des forêts (ONF), qui ajoute tout de même que « seule une petite quinzaine d’espèces sont représentées ». Ces vergers à graines sont exploités par des gestionnaires qui plantent, entretiennent et estiment la fructification. Des entreprises tierces se chargent ensuite de la récolte des graines.

Deux semenciers français se partagent la quasi-totalité du marché national pour la forêt : Vilmorin-Mikado, situé dans le Maine-et-Loire, et la sécherie de la Joux, localisée dans le Jura et créée en 1950 par l’ONF. Ces deux acteurs, qui sont regroupés dans le groupement d’intérêt économique (GIE) « Semences forestières améliorées ». Leur métier : extraire les semences des fruits, puis les préparer à la plantation en pépinière.

Graines et plants au cœur du reboisement

Une fois prêtes à l’emploi, les graines parviennent jusqu’aux pépiniéristes, qui constituent une large majorité de la clientèle des marchands de semences. Ils ont pour rôle de semer, faire sortir les plants et les éduquer, pour les vendre par la suite aux propriétaires, gestionnaires forestiers ou reboiseurs. En 2020, on comptait, selon l’Inrae, 128 pépinières de plants forestiers en France. Parmi elles, une trentaine sont adhérentes au Syndicat national des pépiniéristes forestiers (SNPF), à l’origine selon ce dernier de plus de 90 % de la production nationale.

Le métier des pépiniéristes a longtemps été marqué par une forte diminution du nombre d’arbres plantés sur le territoire : de 110 millions en 1990 – hors pins maritimes – à 26 millions en 2012, avec une légère hausse pour atteindre quasiment 35 millions en 2018, toujours selon le syndicat. Puis, à peine plus de 30 millions de plants en 2020-2021, d’après les données nationales.

« Globalement, notre métier a beaucoup souffert depuis 30 ans, à cause de la diminution des plantations, mais également de la suppression du Fonds forestier national », commente Vincent Naudet, directeur général de Pépinières Naudet.

Un nouvel élan pour les pépiniéristes

Le plan « France Relance » donne cependant un nouvel élan à la filière. « On observe une nette remontée dans les demandes de plants forestiers au niveau national, ce qui est positif pour notre métier », ajoute Vincent Naudet.

Afin de remplir son objectif de planter 45 000 hectares de forêts d’ici à 2024 et de capter ainsi 150 000 tonnes de CO2 supplémentaires chaque année, le gouvernement a annoncé en avril 2021 un soutien de 5,5 millions d’euros destiné aux entreprises de reboisement et aux pépiniéristes forestiers, dont 3,3 millions pour ces derniers.

Selon Gilles Bauchery, président du SNPF :

« Beaucoup de pépinières devaient s’adapter rapidement aux contraintes du changement climatique et aux nouvelles exigences environnementales. Des investissements importants sur les infrastructures, comme la création de nouvelles surfaces de production, n’auraient pu être réalisés avant plusieurs années sans une aide financière. »

Graines : goulot d’étranglement de la filière

Pour répondre à la demande en forêt, les pépiniéristes doivent aujourd’hui faire face à des défis d’approvisionnement et intégrer les hausses des prix des graines. Pour ce faire, l’anticipation et la planification leur sont indispensables.

Vincent Naudet souligne l’importance de la souplesse et du dialogue entre forestiers et pépiniéristes, afin que demande et production soient en phase. Il commente :

« Le plan de relance a fait miroiter des quantités importantes de plantations qui devaient être plantées cette année, mais qui ont été repoussées. Les pépiniéristes s’étaient mobilisés, mais des plants ont dû être détruits. Ils n’ont pas toujours été facturés. Il faut que les clients qui achètent les plants prennent conscience que la graine est très chère, qu’ils ne surestiment pas leurs commandes. »

L’anticipation est d’autant plus importante quand on connaît le temps nécessaire à l’implantation des vergers à graines : en moyenne 10 ans entre la plantation et la première production.

Charlotte Lance (Forêts de France)



Bienvenue dans L’Agora,
espace d’expression et de débats des lecteurs et des partenaires éditoriaux de Forestopic.

Pour proposer un article, contactez-nous.

Grivoiseries
Rubrique humoristique et satirique de la forêt et du bois



Publicité

Recevez toutes les actualités forêt-bois et arbres:

Agenda

Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim

Publicité