Drone (crédit photo: Michel Chartier/CNPF)
Drone (crédit photo: Michel Chartier/CNPF)

Les drones en forêt: pourquoi ils connaissent un succès grandissant


Les drones sont devenus des outils précieux pour les différents acteurs du secteur forestier. Ils facilitent la surveillance des forêts. La précision des images qu’ils permettent de capter font progresser la cartographie forestière. Un numéro spécial de Forêt & Innovation analyse pourquoi et comment les drones sont désormais utilisés en forêt.

Les premiers drones ont été mis au point à des fins militaires. Longtemps mis en sommeil, ils ont connu un essor à partir des années 1960, avec ces mêmes objectifs. Les applications civiles sont venues quelques années plus tard. C’est la miniaturisation, la possibilité d’embarquer des caméras et la qualité des images captées, qui ont permis aux drones de s’imposer dans de nombreux secteurs d’activité. Des cinéastes aux géomètres experts, de l’inspection des toitures à la cartographie, sans oublier la recherche scientifique, le renseignement, la sécurité intérieure, la communication… Cet outil a rapidement séduit un vaste panel d’utilisateurs, dont font partie les forestiers.

Par-dessus la forêt et non plus seulement par dessous

En permettant d’observer les arbres par-dessus et non plus seulement par-dessous, l’imagerie acquise avec les drones offre de nouvelles perspectives. Elle incite bien des gestionnaires forestiers à y avoir recours.

C’est par exemple le cas de la coopérative forestière CFBL. Elle s’est dotée d’un parc de 25 drones et a formé plus de 50 pilotes parmi ses conseillers forestiers.

Anthony Lecour, son responsable du système d’information géographique, explique :

« Il y a un peu plus de 10 ans, lorsque nous avons vu arriver les prémices de l’utilisation du drone dans l’agriculture, nous nous sommes aussitôt lancés dans des tests à petite et grande échelle pour les utiliser en forêt. Nous avons vite compris le potentiel de ce nouvel outil pour la gestion forestière et nous avons lancé nos premiers services drone dès 2018. »

À partir de 2021, le recours aux drones s’est accéléré à CFBL, car cette coopérative a fait le choix d’internaliser les captations par drone, les traitements d’image et la formation de ses pilotes. « Nous avons investi avant tout pour être plus réactif et pour maîtriser les coûts. Nous avons misé sur les drones légers », précise le responsable.

Malgré le prix de ce matériel (500 euros l’unité à l’époque), Anthony Lecour reconnaît avoir été surpris par sa fiabilité et par la qualité de ses prises de vue. « L’objectif de départ était de mettre cet outil dans les mains des conseillers pour qu’ils gagnent du temps dans leur diagnostic et dans l’élaboration des documents de gestion », présente-t-il. Le résultat a dépassé les attentes et a permis d’élargir les utilisations : « Cela nous a surpris, mais deux missions drone sur trois relèvent désormais de l’opérationnel, que ce soit pour la préparation, la conduite ou la réception des chantiers, avec à la clé des gains d’efficacité, une expertise affinée et une meilleure communication avec les propriétaires forestiers », ajoute Anthony Lecour.

Analyser l’évolution des incendies

Les gestionnaires et les différents acteurs de la recherche forestière n’ont pas été les seuls à miser sur ces outils. Les drones sont de plus en plus employés par les services départementaux d’incendie et de secours (Sdis). Par exemple, depuis 2022, l’unité drones du Sdis du Loiret vient régulièrement en appui lors des interventions sur le terrain. Thomas Flamant, lieutenant-colonel au Sdis 45, l’explique : « Disposer d’un drone aide le commandant des opérations de secours à prendre les décisions plus rapidement. C’est un sérieux atout pour juger de l’évolution du sinistre et analyser la situation dans la mesure où l’on dispose d’une vue plus globale. »

Le drone facilite également les reconnaissances sur le terrain. « Cela nous aide à déterminer s’il serait judicieux de renforcer les moyens mis en œuvre sur certains secteurs. »

Cet outil n’est pas seulement utilisé pour aider à la lutte contre les incendies. Lorsqu’il est couplé à une caméra thermique, il aide à retrouver des personnes qui se sont perdues en forêt. « Cette méthode vient alors en complément des équipes à pied, en charge des recherches sur le terrain et qui sont alors souvent assistées d’un chien », précise Thomas Flamant.

De nouvelles perspectives en foresterie

L’imagerie acquise au moyen de drones offre de nouvelles perspectives. Elle permet d’avoir une vision globale des massifs et d’en cartographier les différences. Jusqu’alors, les orthophotos (photographies rectifiées des déformations liées aux lentilles des optiques) ne pouvaient être prises qu’à haute altitude par des avions spécialement équipés, réduisant de ce fait leur possibilité d’utilisation à grande échelle, et imposant la date d’acquisition (dans la mesure où nombre des utilisateurs de ces images ne sont pas en mesure de décider quand les avions vont voler). Les images prises avec des drones ont permis une petite révolution. Elles possèdent trois atouts :
– davantage de flexibilité dans les dates de prises de vue ;
– des coûts de mise en œuvre moindres ;
– une meilleure précision : grâce à des survols à faible altitude, chaque pixel de l’image représente souvent moins de 3 cm au sol, contre en général 50 cm par avion.

Parallèlement, le déploiement informatique du traitement des images captées offre des facilités d’analyse et des utilisations jusqu’ici réservées à des spécialistes de la télédétection. En foresterie, les utilisations sont donc en plein développement et les prises de vue par drone à un instant donné aident à la description d’un territoire, d’une forêt ou même d’une parcelle forestière.

Enfin, la facilité de mise en œuvre de cette technologie permet de réaliser plusieurs images d’un même site dans le temps, afin d’avoir une série temporelle des peuplements pour en déterminer l’évolution. Cela peut faciliter les suivis phénologiques (détermination des dates de débourrement, floraison, fructification…) au cours d’une année, ou l’analyse des évolutions du couvert forestier (impact d’une coupe, fermeture de la canopée…). Autant d’atouts supplémentaires pour mieux vulgariser le pourquoi des interventions en forêt.

Sans prétendre faire une analyse exhaustive, le numéro spécial de Forêt & Innovation, paru en juin 2026, offre un panorama des différentes possibilités d’utilisation des drones pour les acteurs du monde de la forêt.

François d’Alteroche (Forêt & Innovation)



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