Le marquage des arbres, acte de libre expression ou technique forestière? (jurisprudence)

En forêt de Fontainebleau, chevron bleu signalant un cloisonnement, soit un chemin servant à canaliser la circulation des machines forestières (crédit photo: ONF)
En forêt de Fontainebleau, chevron bleu signalant un cloisonnement, soit un chemin servant à canaliser la circulation des machines forestières (crédit photo: ONF)
Le marquage des arbres, acte de libre expression ou technique forestière? (jurisprudence)

Une décision de justice innocente un militant ayant modifié les marques appliquées par l’ONF dans la forêt domaniale de Fontainebleau.

 

Jugé par le tribunal correctionnel de Fontainebleau, pour avoir modifié, en forêt domaniale de Fontainebleau (Île-de-France), les marquages des arbres, considérés ici comme du « mobilier urbain », un militant a bénéficié d’une relaxe, rapporte Reporterre, dans un article du 16 avril 2026.

Alexis Baudelin, l’avocat de l’auteur des faits, explique sur sa page Linkedin que le prévenu était poursuivi pour avoir, pendant plusieurs années, tracé des ronds bleus sur des arbres, afin de les protéger de l’abattage. « Le tribunal a jugé que son action politique sur un sujet d’intérêt général relevait de l’exercice de la liberté d’expression », écrit l’avocat. Ce dernier défend l’idée que ces actes relèvent de la désobéissance civile.

Près de 4 000 marquages et démarquages recensés

Que sont ces ronds bleus ? L’office de tourisme de Fontainebleau explique que l’association Les Amis de la forêt de Fontainebleau « propose à l’Office national des forêts (ONF) de placer certains arbres dans la liste des arbres remarquables et en assure le repérage par des ronds bleus peints sur leurs troncs ». Plus largement, cette association, partie civile dans l’affaire, participe à l’entretien, dans le massif francilien, de chemins et autres infrastructures d’accueil du public.

L’apposition de ronds bleus n’est pas le seul acte en cause, selon l’ONF. Au total, l’Office a recensé près de 4 000 marquages ou démarquages, c’est-à-dire l’ajout de nouveaux symboles (comme les ronds bleus) ou le recouvrement de signes existants par d’autres, différents. Le militant aurait ainsi dessiné des ronds bleus sur des troncs, ou bien fait « disparaître » des ronds ou des traits rouges, désignant un bois à récolter, respectivement de qualité haute (bois d’œuvre) ou moindre (bois d’industrie, bois énergie). Également visés, les flèches ou chevrons qui signalent un cloisonnement, ces chemins où sont censés se cantonner les engins forestiers, en vue de préserver les sols. L’ONF a notamment utilisé des pièges photographiques, en vue d’accumuler un faisceau de preuves.

Deux conceptions de l’intérêt général ?

Juliette Faivre, directrice de l’agence ONF Île-de-France Est, commente :

« Le marquage est un outil technique. La création de fausses marques a généré de la confusion sur le terrain ; elle peut entraîner des erreurs de gestion forestière. Le marquage, au point rouge, d’arbres dangereux a pu être effacé, alors que nous sommes dans une forêt très fréquentée ».

Le massif de Fontainebleau, ceint de zones urbanisées, labellisé « Forêt d’exception », reçoit quelque 10 millions de visiteurs par an, d’après l’ONF.

Et Juliette Faivre de poursuivre :

« Ce jugement nous interpelle, car nous avons l’impression d’être des hommes et des femmes engagés au service de l’intérêt général, l’ONF ayant pour mission de transmettre aux générations futures des forêts diversifiées et résilientes. »

Dans l’affaire, le parquet aurait l’intention de faire appel.

C. C./Forestopic

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