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«Nous allons doubler la production du massif des Landes de Gascogne» (Bruno Lafon, Sylviculteurs du Sud-Ouest)

Bruno Lafon, président du SSSO, à la tribune
«Nous allons doubler la production du massif des Landes de Gascogne» (Bruno Lafon, Sylviculteurs du Sud-Ouest)

Le président du Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest réfute tout risque de pénurie de bois. Et hausse le ton au sujet des dégâts de gibier.

 

« Sauf accident, nous allons doubler la production de ce massif. »

C’est l’une des perspectives pour les forêts des Landes de Gascogne, brossée par Bruno Lafon. Le président du Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest (SSSO) s’est exprimé à l’occasion des 100 ans du syndicat et de son assemblée générale du 22 septembre 2017 à Morcenx (Nouvelle-Aquitaine). Il représente près de 6 000 propriétaires forestiers privés, soit 580 000 hectares dans ce massif.

Un risque de pénurie de bois…

Or, des études sur la ressource forestière du territoire relèvent un risque de manque de bois. C’est ce que relaie un rapport du CGAAER* de mars 2016 :

« Un (quasi) consensus existe sur le fait qu’à sylviculture inchangée, un déficit de bois de l’ordre de grandeur de 1 à 1,5 million de m3 de bois par an est probable pendant la décennie à venir. Ce déficit devrait toucher essentiellement le bois pour l’industrie et l’énergie. »

La Fédération des industries du bois d’Aquitaine (FIBA) a envisagé, de ce fait, un approvisionnement à l’extérieur de la région ex-Aquitaine, voire auprès de pays limitrophes, selon ce même rapport.

… contesté par les Sylviculteurs du Sud-Ouest

Bruno Lafon conteste de tels chiffres, en s’appuyant sur les reboisements post-tempêtes :

« Les plantations après Lothar et Martin révèlent une augmentation de la production comme celles d’après Klaus. Et notre perspective à nous, forestiers, sera de gérer cette offre supplémentaire dès 2025-2030. »

Le syndicat compte d’ailleurs piloter sa propre étude de qualification de la ressource forestière, en partenariat avec l’IGN et l’Office national des forêts (ONF), dans le cadre d’une initiative sélectionnée par le récent appel à projets national sur l’innovation en forêt. Cela vise à « rassurer nos industriels sur l’état de la ressource actuelle et à venir, et surtout à susciter des investissements », assure le SSSO.

Il faut aussi compter avec les pins de 40 ans qui constituent un « stock d’invendus ».

Reboisement et fin du plan chablis
L’année 2017 marque la fin programmée du « plan chablis » , mis en place après la tempête Klaus de 2009 – survenue 10 ans après les tempêtes Lothar et Martin de 1999. Ce plan consiste à soutenir le nettoyage et la reconstitution des parcelles forestières sinistrées à plus de 40 %. Pour ce faire, l’État a débloqué des crédits de 465 millions d’euros, complétés par 60 millions de fonds européens (Feader). À la mi-2016, « sur un objectif total de 205 000 hectares, 190 000 hectares de nettoyage avant reconstitution sont d’ores et déjà financés sur l’ensemble du massif des Landes de Gascogne », estiment les services de l’État.

Dégâts de gibier : « jusqu’au contentieux s’il le faut »

Bruno Lafon, par ailleurs président du centre régional de la propriété forestière (CRPF), pointe les dégâts de gibier, « une menace encore plus prégnante après les deux tempêtes, au point d’empêcher toute régénération des jeunes peuplements dans certaines zones ». Et de hausser le ton :

« Nous allons demander l’indemnisation des dégâts de grands gibiers au préjudice des peuplements forestiers, et nous irons jusqu’au contentieux devant les juridictions européennes s’il le faut. »

Une diversification des essences envisagée

La diversification des essences est envisagée, face à la prééminence du pin maritime. « Aujourd’hui, les essences de production utilisables en diversification sont le pin taeda, l’eucalyptus, le robinier faux acacia sur les marges du massif », fait valoir le programme de développement forestier 2016-2030 du massif landais.

Dans ce tableau, les feuillus tels que chêne pédonculé, aulne glutineux ou bouleau verruqueux, viennent en complément pour leur rôle dans la biodiversité, la protection phytosanitaire ou encore pour jouer les brise-vent en lisière.

Le plan 2016-2030 souligne toutefois, qu’en l’état des connaissances actuelles, « il est peu réaliste de compter sur une importante diversification avec des essences susceptibles de constituer des gisements économiques intéressants ».

Le document rappelle « la nature sableuse et filtrante des sols du massif landais », qui accentue le lessivage des nutriments tels qu’azote et potassium. D’après les estimations, les parcelles du massif reboisées sont fertilisées sur 40 à 60 % de leur surface. L’opération survient une fois dans la vie du peuplement forestier, tous les 50 ans.

Chrystelle Carroy/Forestopic

* CGAAER : Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux.

Reproduction interdite sans autorisation écrite préalable.

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