Des panneaux de bois courbes pour innover dans la construction

Panneau prototype en bois lamellé-croisé courbe cintré à froid
Panneau prototype en bois lamellé-croisé courbe, cintré à froid (crédit photo: Forestopic)
Des panneaux de bois courbes pour innover dans la construction

L’architecte Art&Build, allié à plusieurs entreprises de la filière bois, a mis au point des panneaux de bois innovants. Leurs lignes courbes ouvrent de nouvelles perspectives pour la construction.

 

C’est un panneau de bois lamellé-croisé (CLT) posé au sol, qui serpente, s’enroule sur lui-même et se déroule, autrement appelé CLT cintré. Cinq entreprises viennent de mettre au point un tel prototype, soit l’agence d’architectes Art&Build, le spécialiste de la structure bois Elioth (groupe Egis), le fabricant et poseur de bois lamellé collé Sacba, et KHL, fabricant autrichien de panneaux en bois massif. Lineazen a participé au projet, mais cette entreprise prometteuse pour la valorisation du hêtre a été placée en liquidation judiciaire, en avril 2017.

Quand la construction bois s’inspire des luthiers

Le prototype en CLT cintré vise à donner naissance à des murs porteurs de formes arrondies, là où les angles droits restent aujourd’hui la norme architecturale. Il résulte d’1,5 an de recherche et développement (R&D). David Roulin, directeur général d’Art&Build, dont le siège social est à Bruxelles, revient sur ce projet :

« Nous avons appliqué à l’architecture une technique jusqu’alors utilisée pour de petits objets. Des incisions dans la masse permettent de courber ces planchers épais. Nous allons mener des tests dans les mois qui viennent et effectuer les démarches pour obtenir les agréments techniques. »

La fabrication de ces panneaux en bois cintrés s’appuie sur le lattice hinge (qui signifie en anglais, « charnière en treillis »). Cette méthode s’inspire elle-même du kerfing (littéralement, « action d’entailler le bois »), une technique utilisée par les luthiers pour rendre le bois flexible à froid. Le lattice hinge, et ses rainures en quinconce appliquées sur le bois, fait l’objet d’une base de données en ligne (Webentwood), réalisée par des étudiants de l’École nationale supérieure d’architecture (ENSA) Paris-Malaquais.

Un cintrage réversible faisant appel au numérique

Dans la course à l’innovation, d’autres entreprises s’intéressent au CLT cintré, à l’instar du finlandais Metsä Wood. Ainsi, le théâtre élisabéthain du château d’Hardelot (dans les Hauts-de-France) se présente comme le « premier bâtiment au monde en structure de panneaux CLT courbes brute sans finitions ».

Avec le recours au lattice hinge, cette dentelle de bois, la fabrication du CLT cintré se veut économe en énergie, explique Steven Ware, directeur d’Art&Build Paris :

« Rendre courbes des lames qui se croisent peut paraître contre-intuitif. Le cintrage s’opère à froid, sans vapeur ni moules, en faisant appel à des outils numériques. De plus, nous transportons les éléments à plats, ce qui évite de déplacer des volumes. »

Autre particularité, le cintrage se veut réversible. Une réalisation en innovation ouverte, sans dépôt de brevet envisagé. Une fois les derniers réglages affinés, ce nouveau mode constructif pourrait se matérialiser en des bâtiments de quatre ou six étages au départ.

Quels freins à la biodiversité en ville ?
Art&Build lance une enquête sur l’acceptabilité sociale de la biodiversité dans les villes, en collaboration avec le CNRS et le Muséum national d’histoire naturelle. Comment le terme « biodiversité » est-il compris ? À quels obstacles les initiatives sur la biodiversité en ville se heurtent-elles, auprès du grand public et des professionnels ? Pour répondre à ce type de questions, l’équipe entend sonder 400 personnes, en tenant compte de leur âge, sexe, lieu de domicile, ou encore de leur revenu.

Du hêtre et de l’épicéa

Le numérique permet notamment d’évaluer la capacité de chaque essence de bois à se prêter au cintrage. Les partenaires de R&D ont commencé avec le hêtre, aux côtés de Lineazen. Puis, Art&Build s’est tourné vers Sacba et l’épicéa.

« L’épicéa en CLT cintré semble mieux se comporter. Mais, le hêtre sait porter des charges plus importantes. Difficile de comparer les deux essences »,

observe Steven Ware.

Avec ses 2 mètres de haut, ses 6 mètres de long et sa double paroi, le prototype peut se visiter, jusqu’au 1er juillet 2017, à la librairie parisienne Archilib*, dans le cadre de l’exposition Art&Build « Construis-moi un arbre ! », consacrée au biomimétisme dans l’architecture. Un modèle de comptoir en CLT courbé a aussi pris place dans un immeuble parisien sur le point d’être livré.

Chrystelle Carroy/Forestopic

Sur le même sujet : Le Grand Palais éphémère, un temple pour l’innovation dans la construction bois

* 49, boulevard de la Villette – 75010 Paris – du mardi au samedi de 13 h à 19 h.

Reproduction interdite sans autorisation écrite préalable.