Scierie de service Boudon à Chaudes-Aigues dans le Cantal (crédit photo: MC)
Scierie de service Boudon à Chaudes-Aigues dans le Cantal (crédit photo: MC)

Des défis pour les scieries françaises

 

Le nombre de scieries a chuté en France. Faut-il s’en alarmer ? Comment maintenir une diversité d’entreprises sur le territoire ? L’Observatoire du métier de la scierie émet ses propositions.

Entre les évolutions de la ressource forestière, celles des marchés ou des attentes sociétales, les scieries font face à des défis, comme l’illustre l’exemple de la Bourgogne-Franche-Comté, où une récente étude explore les futurs possibles pour le secteur.

Or, en 2020, dans un rapport sur la filière forêt-bois, la Cour des Comptes créait le choc :

« En 2018, la France comptait 1 353 scieries sur son territoire métropolitain contre 2 110 en 2005. Cela représente une chute du nombre de scieries de plus de 35 % en 13 ans. Au rythme stable constaté sur la période de 58 scieries en moins par an, la filière pourrait disparaître en France d’ici 25 ans. »

Ce constat a motivé la réalisation de l’enquête Scierie 2032, menée en 2024 par l’Observatoire du métier de la scierie et pour laquelle une cinquantaine de personnes ont été interrogées (des scieurs et leurs partenaires). Christian Sénégas, dirigeant MFLS Forézienne, équipementier, envisage également que « l’érosion annuelle du nombre de scieries devrait être d’environ 4 à 5 % pendant les dix ans à venir ».

Il est difficile d’imaginer que l’on produira davantage avec 500 scieries en moins, sauf à augmenter la productivité ou les capacités de production, aussi bien dans les scieries industrielles que celles de service.

Scierie industrielle versus scierie de service
• La notion de « scierie de service », formulée en 2009 par l’Observatoire du métier de la scierie, correspond à une installation produisant moins de 10 000 m³ de sciages par an. Elle peut valoriser une diversité de bois (essences, diamètres, petits lots…), son marché est tourné vers les particuliers ou les artisans. Les scieries de service représentent 80 % des entreprises et 26 % de la production.
• La « scierie industrielle » propose des produits standards, aussi bien que des débits sur liste (répondant à une commande particulière).

Des causes de blocages

La décennie a commencé avec, depuis 2023, l’atonie du marché de la construction, avec 300 000 mises en chantier par an de logements neufs, contre près de 400 000 en 2022. À cela, s’ajoutent la hausse du prix de l’énergie, des assurances, l’instabilité internationale, le maintien à des cours hauts de la matière première bois.

Si le volume de sciages est revenu, en 2024, autour des 8 millions de m³, après l’euphorie de 2021-2022 (plus de 8,6 millions de m³), d’autres causes de blocage connues existent, contrariant l’intensification de la production.

  • La première : les conséquences du réchauffement climatique agissent sur le dépérissement des forêts ; notamment, le scolyte menace l’épicéa. Elles ne sont pas propres à la France, d’autres pays comme l’Allemagne sont touchés : 60 millions de m³ de bois endommagés récoltés à l’apogée de 2020, dont 43 millions de m³ dus aux attaques d’insectes, selon les statistiques allemandes.

Marc Siat, dirigeant du groupe Siat, confirme que « le plus grand challenge de la filière est et sera dans les années qui viennent l’approvisionnement des scieries de résineux. On le voit déjà en Allemagne en 2024, où les effets néfastes du réchauffement climatique s’expriment pleinement. Les entreprises qui survivent sont celles qui ont du bois. »

Pierre Mutelet, scieur de feuillus dans le Jura, dit aussi que « l’approvisionnement en chêne peut s’avérer difficile avec le changement climatique. Il y a de moins en moins de bois de qualité, avec de plus en plus de dépérissements. La solution, c’est de s’adapter. »

  • La deuxième : le manque d’intégration vers la seconde transformation (séchage, rabotage, usinage, collage…).
  • La troisième : l’emploi de plus de 2 millions de m³ de sciages résineux importés, encore très souvent employés dans la deuxième transformation et plébiscités par les utilisateurs et les donneurs d’ordre, bien que le bois local arrive de plus en plus à se frayer un chemin dans les appels d’offre.

À cela, s’ajoutent les pressions sociétales croissantes sur l’exploitation forestière, contre les coupes rases en particulier, et sur l’extension ou la création des scieries industrielles. Un déficit d’images et une difficulté à attirer de nouveaux salariés. Autres causes de blocages, les contraintes réglementaires, environnementales, et la pérennisation des entreprises (matériel plus aux normes, départs à la retraite, dépôts de bilan, etc.).

Verbatims en trois diapositives : l’avenir vu par les scieurs et leurs partenaires (propriétaires forestiers, exploitants forestiers, équipementiers, consommateurs de sciages...).


Des atouts pour l’avenir

S’il s’agit de freiner la chute du nombre de scieries, plusieurs leviers sont évoqués, comme de développer la contractualisation afin de sécuriser les approvisionnements en bois, miser sur la diversité des essences, moderniser toujours et encore les outils de production, par exemple en intégrant l’intelligence artificielle (IA) dans les process. Mais, aussi et peu importe la taille de la scierie, investir pour l’obtention de produits à haute valeur ajoutée, aussi bien dans la scierie de service que dans la scierie industrielle.

Des atouts sont à faire valoir, par exemple :

– une ressource forestière diversifiée, tant dans ses 136 essences, que dans ses modes de culture ;
– la proximité historique de la ressource, pour nombre de scieries ;
– un maillage du territoire ;
– une diversité des structures de production, tant dans leur taille que dans les produits proposés ;
– des entreprises majoritairement familiales ;
– une transformation locale créatrice d’emplois directs (opérateurs, gestionnaires, commerciaux) et indirects (gestionnaires, exploitants forestiers, entrepreneurs de travaux forestiers, transporteurs, fournisseurs d’outils, etc.).

Au final, une résilience bien plus forte qu’on ne le pense pourrait renverser l’hypothèse des magistrats de la Cour des comptes qui imaginent la disparition des scieries en France.

Dans le rapport d’information du Sénat sur la compétitivité de la filière bois française, Marc Siat, prédit « qu’il y aura demain une grande scierie par massif forestier et bassin de production ». Pour autant, selon le même rapport, une complémentarité pourrait s’installer entre une grande scierie industrielle et le maintien de petites scieries de service, dotées d’un savoir-faire artisanal et équipées de lignes rubans flexibles qui optimisent bien la matière. L’entreprise LBL Brenta, fabricant de matériel, approuve cette idée de complémentarité.

Le salut du secteur pourrait aussi passer par une communication dynamique sur les avantages du bois, dans un monde en quête de décarbonation. Encore faudra-t-il que le secteur réussisse à se structurer plus fortement et qu’il poursuive la modernisation. Un immense défi toutefois loin d’être hors de portée pour des professionnels qui possèdent un degré de connaissance poussé du matériau et des savoir-faire acquis depuis des générations. Encore faudra-t-il aussi que les marchés prioritaires de la construction et de l’emballage se reconsolident, ce qui n’est pas le cas en ce début d’année 2026.

Maurice Chalayer, animateur de l’Observatoire du métier de la scierie

Pour aller plus loin :
Vers un renouveau de la scierie française ? Des interrogations de 2024 aux challenges pour 2032 ?, Maurice Chalayer, auto-édition, 2025.



Bienvenue dans L’Agora,
espace d’expression et de débats.
Les avis exprimés dans L’Agora ne reflètent pas la position de la rédaction de Forestopic.

Pour proposer un article, contactez-nous.

Agenda

Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim