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Des détecteurs de faune pour sauver des vies humaines et animales

Posés en 2012, les détecteurs de faune isérois livrent leurs enseignements (crédit photo: Neavia)
Des détecteurs de faune pour sauver des vies humaines et animales

Des détecteurs de faune peuvent assurer une continuité écologique, tout en limitant les accidents de la route. C’est l’objet d’une expérimentation menée en Isère, y compris en espaces boisés.

 

Se préoccuper de la bonne circulation de la faune peut aussi sauver des vies humaines ! C’est le principe d'un projet pilote, mené par le conseil départemental de l’Isère, en région Auvergne-Rhône-Alpes, avec des financements du fonds européen Feader.

L’expérimentation livre aujourd’hui ses enseignements, après un lancement en 2012, dans le cadre du projet « Couloirs de vie », consacré aux corridors biologiques de la vallée du Grésivaudan.

Des détecteurs de faune ont été installés sur 48 mâts, le long de plusieurs tronçons de routes. Ils allient la technologie infrarouge avec, pour les besoins du test, celle de la caméra couleur. La Fédération des chasseurs de l’Isère a aidé à choisir les sites retenus, sept au total, en tant que lieux de passage et sujets à collusions entre véhicules et gibier.

L’infrarouge pour suivre les températures

Les capteurs infrarouges suivent les variations de température, qui révèlent la présence d’un cerf, chevreuil ou sanglier. Lorsque le détecteur repère un animal à proximité, un panneau lumineux se déclenche ; il affiche un chevreuil cerné de diodes rouges. En complément, un signal invite les automobilistes à ralentir.

La caméra couleur, dans le cadre de l’expérimentation, sert à vérifier, a posteriori, que l’évènement détecté a bien eu lieu.

Autonome en énergie, le système s’alimente par des panneaux solaires. Une supervision par Internet centralise l’ensemble. Le dispositif produit aussi des alertes par courriel et un suivi en temps réel.

Alimentés par l'énergie solaire, les détecteurs sont aussi reliés à une supervision par Internet
Alimentés par énergie solaire, les détecteurs sont supervisés via Internet (photo DR)

Diminution des accidents constatée

Le département se montre satisfait. Le nombre d’accidents, sur l’ensemble des sites, s’est élevé à trois en 2014, contre 70 avant la pose des capteurs, selon l’Irstea, associé au projet. Les détecteurs ont enregistré 3 750 animaux entre mars 2013 et mars 2014, dont 2 851 traversées.

L’expérimentation iséroise renferme aussi des enjeux de biodiversité vis-à-vis d’espèces comme les blaireaux. Et elle apporte une alternative, là où les clôtures de bord de route bloquent le passage des animaux, lit-on dans la présentation faite pour la conférence IENE 2016, dédiée à l’intégration environnementale et paysagère des infrastructures de transport.

Et selon Guillaume Grolleau, directeur de projets chez Neavia Technologies (groupe Lacroix), la société conceptrice du dispositif :

« Il nous a été demandé d’atteindre 70 % de détection. Nous parvenons à plus de 90 % avec des animaux de la taille d’un chien. Mais, comme nous devions aussi détecter le petit lapin, cela a fait baisser le taux. Tout ce qui représente un risque, comme les chevreuils, le système les reconnaît. »

Le département a ajusté les périodes de fonctionnement des détecteurs de faune. Les mettre en service uniquement entre le coucher et le lever du soleil limite les fausses alertes, liées par exemple à l’activité humaine. Ce que relate le rapport d’évaluation de « Couloirs de vie ».

Détection efficace en forêt, sous condition

L’une des difficultés consiste à rendre le système efficace en forêt. Sylvie Vanpeene, chercheuse en écologie à l’Irstea, et membre du comité de pilotage du projet, explique :

« La chaleur d’un animal est moins facile à détecter au milieu des troncs d’arbres qu’en milieu ouvert. La forêt produit l’effet d’un masque. Il faut aussi prendre en compte la façon dont la chaleur se répartit entre le couvert forestier et le sol. »

Selon Neavia Technologies, les détecteurs fonctionnent en forêt, mais sous certaines conditions. Comme le précise Guillaume Grolleau sur la base de résultats obtenus hors de l’Isère :

« Nous parvenons à détecter les traversées de faune en forêt ou en zone boisée, par exemple en forêt de Fontainebleau. Pour cela, il est nécessaire que le bord de route comprenne un accotement de 3 mètres. »

Plusieurs départements s’intéressent à ces détecteurs de faune, selon Neavia, et envisagent de les déployer en lieu et place des traditionnels panneaux de signalisation « biche ».

Chrystelle Carroy/Forestopic

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