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Les drones donnent des ailes à la filière forestière

Les drones donnent des ailes à la filière forestière

Avec leurs capteurs embarqués, les drones sont un support d’innovations pour la gestion des forêts. Start-ups et coopérative se lancent sur ce créneau. Tous n’ont d’yeux que pour le Lidar.

 

Voir la forêt comme vous ne l’avez jamais vue ! C’est l’une des promesses des drones. Ces engins volants peuvent s’approcher au plus près de la canopée. Avec leurs technologies embarquées, ils ouvrent la voie à une palette de services innovants.

Les start-ups Corvus Monitoring et Delta Drone, la coopérative forestière Bourgogne-Limousin (CFBL) lancent de nouvelles applications, lors de ForestInnov, nouveau salon dédié à l’innovation dans la filière forestière, qui se tient les 24 et 25 novembre 2016 à Charnay-lès-Mâcon (Saône-et-Loire).

Parmi les technologies associées aux drones, pas toutes abouties, le premier étage de la fusée se trouve dans les appareils photographiques embarqués, doublés d’un GPS. Les images montrent la surface de la forêt. Un logiciel les traite ensuite, en vue de délivrer des cartes précises et à jour, enrichies de métadonnées.

La forêt modélisée en 3D

Corvus Monitoring, jeune entreprise créée en 2010, basée dans le Doubs, développe la modélisation à partir de photographies, en vue d’une cartographie, proposée à 1 000 euros les 50 ha pour des prises de vue en définition standard.

« Ce type de cartes permet de repérer un arbre malade géoréférencé, de valider le tracé d’un chemin, ou encore de calculer le volume d’un tas de plaquettes ou de sciures »,

illustre Julien Lieb, fondateur de Corvus.

La start-up mise aussi sur la haute définition, synonyme de haute précision. Elle s’engage, de plus, dans la cartographie en trois dimensions grâce à la photogrammétrie et à du traitement logiciel.

La 3D n’est pas encore un outil de gestion au quotidien. Car pour cela, il faudrait que les forestiers disposent des équipements de consultation dédiés. Elle n’en recèle pas moins de potentialités. Selon Julien Lieb :

« Nous travaillons sur un algorithme, avec l’École polytechnique de Lausanne, qui permettra de compter le nombre de troncs, de cartographier les essences, feuillus ou conifères. En hiver, en présence d’arbres à feuilles caduques, lorsque les feuilles sont tombées, la 3D peut renseigner sur le sol, la topographie. »

« Une panoplie de services à inventer »

 « Des perspectives 100 % inédites de la forêt ». C’est ce que propose CFBL avec son nouveau service « Panorama Drone », conçu en partenariat avec la société Sodera Expertise, spécialisée dans l’acquisition et la restitution de données.

À 400 euros, le propriétaire forestier obtient une dizaine de photographies prises par drone, une vidéo de 40 secondes et un poster de format A2, utiles pour appuyer un diagnostic ou pour admirer la forêt ou pour la vendre. Un prix obtenu grâce à une mutualisation, selon CFBL qui revendique plus de 12 000 adhérents. La coopérative ne compte pas s’arrêter là. En témoigne Anthony Lecour, responsable de son atelier de cartographie :

« Nous menons des tests, car il y a toute une panoplie de services à inventer avec les drones, du diagnostic, du suivi, des estimations de dégâts, voire des volumes de bois. »

Et d’anticiper sur les progrès de la télédétection :

« Qui sait si, demain, l’on n’embarquera pas, sur des drones, des capteurs polyvalents, qui pourront détecter la vitalité des arbres, grâce à l’infrarouge ou au proche infrarouge. »

Déjà utilisé dans la lutte contre les incendies de forêt, le drone entre dans la gestion forestière. Il s’avère moins cher que l’hélicoptère pour des surfaces allant jusqu’à 2 000 ha, et génère des gains de temps. Selon Richard Lacheze, directeur des relations adhérents chez CFBL :

« Le drone parcourt assez rapidement la forêt. Le résultat est équivalent, voire meilleur, comparé à ce que l’on obtient en parcourant une parcelle à pied dans tous les sens, avec un GPS, qui plus est en milieu escarpé, comportant des ronces, buissons, ou autre. »

Bientôt, le Lidar embarqué sur drone ?

Le Lidar est dans tous les esprits. Car son capteur laser peut traverser le couvert végétal. De quoi mesurer les hauteurs de peuplement ou les diamètres des troncs d’arbres. Or, dans la plupart des cas, le poids du Lidar (pouvant dépasser les 20 kg) le rend encore peu compatible avec le drone.

D’aucuns y travaillent. Le montpelliérain YellowScan et le belge AltiGator ont annoncé, en octobre 2016, avoir mis au point un Lidar embarqué sur drone à 5,6 kg, incluant le drone, le capteur, les batteries, et adapté pour la forêt.

Delta Drone, implanté dans le Rhône, envisage d’embarquer le Lidar sur les drones d’ici à 2018 pour des applications forestières. Corvus est aussi sur ce front.

Une évolution des métiers se profile. Richard Lacheze, de CFBL, l’envisage déjà :

« Ces nouvelles technologies vont nous permettre de créer de nouveaux emplois à terme, en particulier pour l’exploitation des images. Nous aurons toujours besoin de techniciens. »

Les capteurs n’ont pas fini d’avancer. Nombre d’acteurs s’attendent à les voir gagner en précision, en miniaturisation, à moindre coût.

Chrystelle Carroy/Forestopic

Mis à jour le 25 novembre 2016.

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