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Sculpture bois, auteur inconnu (photo: droits réservés)

La gestion forestière et le bois, une affaire d’émotions et de sciences humaines et sociales!

 

Questionner les représentations sociales de la coupe des arbres, de la gestion durable des forêts, nous fait entrer dans le champ des sciences humaines et de l’émotionnel. Ces thématiques se retrouvent dans les trois premières publications de 2021 de la Revue forestière française, abordées sous différents angles.

La gestion durable des forêts en France se complexifie, prise entre une filière industrielle qui s’alarme du rapport entre l’importation de matières transformées sur l’exportation du volume de grumes, une institution publique en charge de la gestion des forêts en proie a des difficultés internes et des visions conflictuelles sur le type de gestion forestière à adopter.

Forêt-société : rugosité et empathie
Le réveil des interactions actives, voire rugueuses entre les forestiers et la société date, au moins en France, des années 1960-1970, avec les conflits sur l’évolution des paysages marqués par les grands reboisements et le recours massif aux essences résineuses. Après une longue phase d’incompréhension, les forestiers français ont compris l’enjeu d’une meilleure prise en compte de l’environnement dans la gestion forestière […].
Les attentes de la société vis-à-vis de la forêt et des forestiers sont nombreuses et elles ne portent pas que sur des réalités matérielles ou des actions. Leur dimension culturelle ne doit pas être sous-estimée […]. Les forestiers ne pourront pas être seuls pour penser une nouvelle articulation entre d’une part le droit de propriété, un droit fondateur et structurant pour toute société démocratique, et d’autre part les nouveaux défis du « bien commun » […].
Faisons plus globalement le pari de l’empathie et de la bienveillance, à la fois vis-à-vis de ceux que nous ne comprenons pas, mais aussi de ceux que nous croyons probablement à tort trop bien comprendre.
Extraits de « Les attentes sociétales vis-à-vis des forestiers », par Christian Barthod, sous-directeur de la forêt de 1995 à 2002, sous-directeur des espaces naturels de 2002 à 2010, membre de l’Autorité environnementale de 2010 à 2017. Texte présenté lors de l’assemblée générale d’Experts forestiers de France (EFF), le 8 octobre 2020, et paru dans la Revue forestière française n° 2-2020.

Une question récurrente est posée aux sciences humaines depuis une dizaine d’années : comment percevons-nous le fait de couper un arbre ? De cette question, découle la suivante : la perception de la coupe d’un arbre a-t-elle une incidence sur la représentation que l’on peut avoir d’une gestion durable de la forêt ?

La forêt est à la fois un système écologique, un construit social sujet aux jugements de valeur et un phénomène politique polarisant. Aussi, la forêt devient un lieu appartenant à la vie intime et publique des individus qui eux-mêmes s’expriment sur la gestion du patrimoine forestier de leur région. Ils forment des collectifs qui ont en commun des représentations spécifiques de la forêt.

Sur une échelle graduée, on observe des attitudes « pro versus contre » la coupe des arbres, qui vont se traduire par des opinions diversifiées sur la manière d’exploiter la production du bois pour assurer une gestion durable de la forêt.

Le bois, un choc émotionnel
Le bois, c’est un choc émotionnel, celui des sens :
– son grain, son poli, son toucher, son veinage, sa texture, son fil ;
– ses teintes, miel, acajou, cognac, blonde, porcelaine, ébène ;
– ses odeurs, poivrée, musquée, pomme verte, pomme pourrie, coing, cuir, tabac, pain d’épice, tannique ;
– le son si particulier d’un ballon qui rebondit sur le parquet d’un terrain de basket ; les pas sur un platelage ou une terrasse ; la résonance si spécifique d’une salle de concert. Sa capacité à apaiser.
C’est une promesse, celle du geste architectural ou artisanal, mais aussi de ces usages qui sont simplement utiles et souvent même invisibles. Le bois est superbement discret. Il est comme ceux qui le magnifient, presque taiseux […].
Il est bien de maintenant. La brique au XVIIIe siècle, l’acier au XIXe puis ce fut le temps du béton tout au long du XXe, et maintenant le bois en début de nouveau millénaire. Ce bois est design, il est aussi chimie verte, parfum, nanofibres, tissus, emballages, carton de nos colis et bien sûr papier.

Extraits de « Ode au bois : le bois, gage d’un meilleur vivre ensemble, ici et ailleurs », par Emmanuel Groutel (école universitaire de management, IAE de Caen), paru dans la Revue forestière française n° 1-2020.

Forêt et dimensions psychologiques

Que dit la littérature en sciences humaines et sociales sur les perceptions sociales de la forêt et notamment sur la perception de la coupe des arbres ? La Revue forestière française étudie la question. Une première recherche a ramené 1 330 articles, dont seulement 70 traitent directement de la problématique. Un nombre restreint d’études portent sur la coupe des arbres de manière spécifique, si ce n’est pour s’en servir d’élément illustratif ou de support expérimental.

L’analyse des études recensées met en lumière des dimensions psychologiques. C’est, par exemple, l’orientation des valeurs environnementales : elles peuvent être utilitaires, quand la forêt est considérée d’abord pour les ressources qu’elle fournit, écologiques, et alors concentrées sur la préservation de l’environnement et la maintenance de l’écosystème, ou sentimentales, valorisant la forêt sous l’angle de l’éducation environnementale, de l’amélioration de la santé physique et mentale, de l’admiration de l’esthétique naturelle, de la reconnaissance de l’importance de la culture et de l’histoire, de l’éthique. Il y a aussi la négation, reliée au sentiment d’insécurité qu’une personne peut ressentir en forêt.

De cette revue de la littérature, il ressort que la question de savoir comment est perçue la coupe d’arbre demeure non posée. Cette interrogation n’en constitue pas moins une perspective de recherche pertinente.

D’après « Quelles perceptions sociales de la forêt ? Aperçu des différentes approches à partir de l’analyse de la littérature »
par Romain Lebreuilly, Rigaux Nicolas et Martine Batt (laboratoire InterPsy, université de Lorraine)
paru début 2021 dans la Revue forestière française n° 3-2020.



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Grivoiseries
Rubrique humoristique et satirique de la forêt et du bois



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