Quand les arbres absorbent du mercure à travers leurs feuilles

La pollution de l’air par le mercure présente des variations saisonnières similaires à celles du CO2
La pollution de l’air par le mercure présente des variations saisonnières similaires à celles du CO2 (crédit photo: CC/Forestopic)
Quand les arbres absorbent du mercure à travers leurs feuilles

Quel rôle jouent les arbres et la végétation dans la pollution atmosphérique de mercure ? Des chercheurs ont étudié la question à travers 50 stations, forestières notamment.

 

Chaque année, quelque 2 000 à 3 000 tonnes de mercure sont relâchées dans l’atmosphère par les activités industrielles au niveau mondial. Ces émissions gazeuses présentent la particularité d’être relativement inertes. Elles voyagent loin, en raison de la durée de vie du mercure dans l’air, estimée à 6 mois. Il a donc le temps de se disperser en différents lieux.

Quelle influence des feuilles sur la pollution au mercure ?

Une équipe de chercheurs du CNRS, de l’université de Grenoble, à laquelle se sont joints des partenaires internationaux avec le soutien de l’Institut polaire français, ont travaillé sur l’influence des feuilles sur la pollution atmosphérique de mercure (Hg). Longtemps, les uns et les autres pensaient que la pluie et la neige étaient à l’origine de cette dispersion. Les résultats de leurs travaux sont l’objet d’une publication dans Nature Geoscience dans son numéro d’avril 2018.

Le mercure est un neurotoxique particulièrement dangereux pour les enfants, précise Jeroen Sonke, scientifique du laboratoire Géosciences Environnement de Toulouse et qui travaille sur la compréhension de la chimie du mercure. Ce métal lourd est le seul que l’on retrouve sous la forme de gaz dans l’atmosphère. Ces émissions de mercure dans l’air proviennent essentiellement des centrales à charbon, des activités minières et industries métallurgiques. Les concentrations observées se trouvent principalement dans l’hémisphère Nord, où la consommation énergétique est plus élevée.

Concentrations atmosphériques versus croissance des feuilles

Les chercheurs ont constaté, au travers de 50 stations de surveillance forestières, marines et urbaines, que le mercure à l’état gazeux a une saisonnalité similaire à celle du CO2 ; leurs niveaux de concentration sont plus bas en été qu’en hiver. Ces concentrations sont minimales au terme de la période de croissance des feuilles et de la végétation.

En période de croissance, les feuilles des arbres et les plantes absorbent le CO2. Les chercheurs ont découvert que mercure et CO2 présentaient des variations similaires, grâce aux observations réalisées dans cinq stations de surveillance forestières de l’hémisphère Nord.

Arbres et végétation, une pompe biologique

Les mesures enregistrées par l’Institut polaire français dans l’île d’Amsterdam, située dans l’océan Indien et dotée d’une végétation rase, révèlent que les variations saisonnières du CO2 et du mercure y sont proches de zéro. En d’autres termes, l’absence de forêts et de végétation plus riche empêche le dépôt des émissions.

Les chercheurs en concluent que la végétation agit comme une pompe biologique pour le mercure atmosphérique et qu’elle joue un rôle prépondérant dans la saisonnalité de ce composé.

Station de surveillance atmosphérique de l’Institut polaire français sur l’île d’Amsterdam, France, océan Indien (crédit photo: Isabelle Jouvie)
Station de surveillance atmosphérique de l’Institut polaire français sur l’île d’Amsterdam, France, océan Indien (crédit photo: Isabelle Jouvie)

Quand les feuilles tombent, le mercure aussi

L’atmosphère de notre planète contiendrait quelque 5 000 tonnes de mercure. Les scientifiques estiment à environ 1 000 tonnes le mercure séquestré chaque année par absorption des feuilles. Le mercure rejoint les sols à l’automne à la tombée des feuilles et finit par s’écouler dans les écosystèmes aquatiques.

Dans l’Arctique, qu’adviendra-t-il lors de la fonte du permafrost, questionnent Jeoren Sonke et ses confrères. Selon eux, le mercure piégé dans les sols sera libéré avec la fonte due au réchauffement climatique.

Martine Chartier/Forestopic

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