Crise du coronavirus Covid-19: des voix s’élèvent pour repenser la forêt

(crédit photo: vue aérienne IGN/Planet Observer)
Crise du coronavirus Covid-19: des voix s’élèvent pour repenser la forêt

Le nouveau coronavirus pourrait donner l’occasion de repenser, si ce n’est refonder la place de la forêt dans l’économie, la société et l’environnement. Des organisations et des experts émettent leurs propositions en ce sens.

 

Alors que Bruxelles planche sur un plan et un fonds de relance pour aider les États membres à se relever de la crise du Covid-19, l’Union européenne maintiendra-t-elle le cap impulsé par le « pacte vert » (Green Deal) ? Oui, a promis Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne en charge de cette feuille de route.

Le plan de relance européen sans oublier la forêt

Encore faut-il que la forêt soit une partie intégrante de ce plan de relance européen, plaident sept organisations européennes* dans un courrier du 5 mai 2020, adressé à la Commission et au Parlement européens.

L’expansion du coronavirus, et les mesures de confinement des populations qui s’ensuivirent, ont surgi à un moment où les forêts se trouvaient déjà sous le coup du stress hydrique et de ses effets collatéraux (attaques de ravageurs, pathogènes...), voire d’incendies. Le ralentissement soudain de l’économie n’a pas épargné la filière bois, en France comme en Europe.

Or, la forêt n’est pas sans lien avec la crise du Covid-19, estiment ces organisations :

« Ces dernières semaines, des discussions ont dressé un parallèle entre l’émergence de maladies infectieuses, telles que le coronavirus, et la destruction de la nature, les pertes de biodiversité et la déforestation. Ce sont des enjeux mondiaux et l’Union européenne peut s’appuyer sur son remarquable secteur forestier, en tant que protecteur numéro un de la biodiversité. »

Il n’en reste pas moins que le lien entre les forêts, la déforestation et les maladies émergentes tel le Covid-19 mérite d’être mieux exploré et appréhendé par la recherche. C’est la conclusion d’une équipe rassemblant l’Inrae, le centre de coopération en recherche agronomique Cirad, l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et l’Institut Pasteur de Guyane, après l’étude de 565 articles scientifiques. Les chercheurs pointent une fragilité des connaissances sur le sujet.

Homme et forêt, même santé ?

Une note de la Fondation Jean Jaurès, publiée ce 6 mai 2020, va plus loin et lance des pistes en vue d’une « refondation forestière pionnière » en France. C’est un mini-traité de philosophie politique et juridique, intitulé « Repenser nos usages de la nature : une perspective forestière », signé de Daniel Perron, juriste, notamment expert en politique alimentaire, et contributeur auprès de la fondation, et de Geneviève Rey, ingénieur général des Ponts, des Eaux et des Forêts, par ailleurs ex-directrice générale adjointe de l’Office national des forêts (ONF), active pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris avec du bois.

Les auteurs en appellent au concept d’« une seule santé » (en anglais, One Health), soit une vision globale de la santé humaine, animale et environnementale, qui les conduit à mettre la forêt au premier plan face à l’onde de choc du coronavirus – précédée par d’autres crises comme la peste porcine africaine, quoique non transmissible à l’humain.

La santé globale est aussi celle des forêts. Aussi, les auteurs invitent à instaurer une stratégie de biosécurité, liée à une meilleure connaissance et anticipation des risques (scolytes de l’épicéa, chalarose du frêne…), notamment grâce à la télédétection et à la cartographie.

Refonder la politique forestière avec les citoyens

À l’aune du Covid-19, avec une « irruption du vivant dans l’économie réelle », les auteurs dressent le constat d’une « politique forestière orpheline ». Ils en veulent pour preuve, par exemple, un empilement de textes dans le Code forestier avec parfois des « passerelles juridiques imparfaites ».

De plus, l’ONF et le Centre national de la propriété forestière (CNPF) « n’ont pas échappé à la vague de management budgétaire et comptable, avec son lot d’injonctions contradictoires et de réorganisations tendant in fine à donner la priorité au résultat financier », écrivent-ils. Et de suggérer une « agence unique porteuse d’une véritable vision politique » qui naîtrait d’une fusion de l’ONF et du CNPF, une idée qui fait son chemin par ailleurs.

Néanmoins, la forêt n’est plus l’affaire des seuls spécialistes et elle doit se mettre à la démocratie participative :

« C’est une participation à la décision, aux choix de gestion forestière, qui est revendiquée par des citoyens désormais sans lien avec le monde rural, qui ont de la forêt une perception fondamentalement affective »,

relève le texte.

Droits de la nature, finance environnementale

De façon plus large, Daniel Perron et Geneviève Rey mettent en avant la notion de « bien commun », le droit de l’environnement, la personnalité juridique de la nature, la possibilité d’accorder des droits aux lieux, et jugent nécessaire de questionner la nature du bien forestier.

Vient enfin le rôle éventuel de la finance environnementale et sociale, à l’heure où « les algorithmes financiers classiques ne permettent plus d’intégrer en gestion d’actifs traditionnelle le risque climatique, qui perturbe tout calcul de rentabilité et donc le fonctionnement des marchés ».

Une prise de position qui n’hésite pas à s’emparer de thématiques non consensuelles, tout en s’inscrivant dans une volonté de penser le long terme.

C. C./Forestopic

* Confédération européenne des entrepreneurs de travaux techniques agricoles, ruraux et forestiers (Ceettar), Confédération des propriétaires forestiers européens (CEPF), union européenne des agriculteurs et coopératives (Copa Cogeca), Organisation européenne des propriétaires fonciers (ELO), Association européenne des forêts d’État (Eustafor), Fédération européenne des communes forestières (Fecof), Union des sylviculteurs du sud de l’Europe (USSE).

Mis à jour le 8 mai 2020

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