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«Moderniser l’ONF» (Christian Dubreuil)

Christian Dubreuil, directeur général de l’ONF (crédit photo: Forestopic)
«Moderniser l’ONF» (Christian Dubreuil)

Contrats d’approvisionnement, siège social en bois, campus de Velaine et R&D, mise en œuvre du contrat (COP) 2016-2020… le point sur les projets de l’Office national des forêts, avec son directeur général, Christian Dubreuil.

 

Développer les contrats d’approvisionnement est l’un des axes du contrat d’objectifs (COP) 2016-2020 de l’Office national des forêts (ONF). Où en est-on ?

Christian Dubreuil : En gérant 25 % de la surface des forêts de France métropolitaine, nous produisons 40 % du bois. Pour nous, un grand mouvement consiste à sécuriser les ventes. Pour l’industriel, pour les scieries, cela leur permet aussi de sécuriser leur approvisionnement. La contractualisation sur les bois de chênes de qualité secondaire va faire l’objet d’un accord avec la Fédération nationale du bois (FNB), la Fédération nationale des communes forestières (FNCOFOR) et l’ONF, lors de la prochaine réunion en conseil d’administration de l’Office, en octobre 2016. C’est plus moderne que les ventes aux enchères. Nous procédons déjà à la contractualisation pour le hêtre et les résineux depuis plusieurs années. En revanche, la contractualisation ne concerne pas les merrains, pour lesquels nous obtenons de meilleurs prix avec le système actuel.

Des entreprises protestent contre l’absence de transparence des prix, introduite par la contractualisation…

C.D. : Cela se comprend, de la part de négociants. Et quand le bois part en Chine, les prix sont renchéris de 20 à 30 %. Les ventes réservées de chêne, c’est-à-dire sous label UE, visent aussi à la maîtrise des prix. Elles ont fait l’objet d’une décision reprise dans le cahier des ventes, et vont être prorogées pour 1 an, en 2017, par le conseil d’administration. Même si ce dispositif a vocation à être temporaire. Nous développons aussi le bois façonné. Il rend plus facile l’évaluation du volume et de la qualité du bois, à la différence du bois sur pied. Avec le bois façonné, la valeur ajoutée va chez le propriétaire. Les ventes d’automne vont perdre de leur importance.

Le COP 2016-2020 fixe des objectifs quantitatifs de mobilisation du bois. Certaines voix s’élèvent pour s’inquiéter de ce que la récolte du bois par l’ONF prime sur les autres fonctions de la forêt. Que répondez-vous ?

C.D. : Les industriels ne veulent plus de gros bois. Cela ne sert à rien d’accumuler du vieux bois en forêt. En forêt domaniale, nous prélevons 6 Mm3 par an pour un accroissement naturel de 7 Mm3, et nous visons 6,5 Mm3. En forêt communale, nous prélevons 7 Mm3, pour un accroissement de 10 Mm3, avec l’objectif d’atteindre 8,5 Mm3.

En juin 2016, le ministre Stéphane Le Foll a évoqué un nouveau siège social en bois pour l’ONF. Qu’en est-il ?

C.D. : L’ONF a déposé un projet auprès d’ADIVbois en ce sens. L’Office se porte candidat à partir du moment où la ville de Paris le sera [pour accueillir le bâtiment, NDLR]. Je suis d’accord avec la maire de Paris, Anne Hidalgo, sur ce point. Le projet implique que l’ONF cède son siège social actuel, en vue de la construction d’un immeuble de bureaux en bois pour 300 personnes. C’est une formidable occasion de réaménager l’immeuble actuel en logements. Je présenterai ce projet au conseil d’administration de mars 2017.

Où en sont les discussions sur le contrat d’établissement, interne à l’ONF ?

C.D. : Le projet d’établissement, que j’ai négocié avec les syndicats, sera diffusé cet automne. Il s’accompagne d’une nouvelle organisation territoriale de l’ONF, qui va passer de neuf à six régions à partir de 2017.
Par ailleurs, le conseil d’administration doit passer de 28 à 30 membres, en intégrant un représentant du monde de la chasse et un représentant du ministère des Outre-mer.

Des représentants syndicaux craignent une précarisation des effectifs et que certains statuts servent de variable d’ajustement, par le recours à l’apprentissage notamment.

C.D. : Il y aura moins de fonctionnaires. Mais, l’apprentissage ne conduit pas à la précarisation. Il s’agit d’apprendre un métier, pour ensuite devenir salarié ou fonctionnaire. Nous avons un turn-over annuel de 200 personnes, c’est-à-dire qui partent d’elles-mêmes. Et il y a de l’ordre de 300 départs en retraite par an. Avec le COP, nous avons obtenu une stabilisation des effectifs. Les bûcherons, les grimpeurs-élagueurs, au nombre de 3 000, sont salariés ouvriers et le resteront. Les agents patrimoniaux dotés des pouvoirs de police sont obligatoirement fonctionnaires, au nombre de 3 000 également. Il n’est pas indispensable que les services commerciaux ou des ressources humaines se composent de fonctionnaires.

Le développement du bois façonné va-t-il induire des recrutements ?

C.D. : Nous disposons de 3 000 ouvriers, nous n’allons pas en embaucher plus. Des entrepreneurs de travaux forestiers méritent de vivre.

Au chapitre de la formation, que devient le campus de Velaine-en-Haye, situé près de Nancy et dont le déménagement est annoncé ?

C.D. : L’Office réinstallera, à Nancy, son service de formation, installé jusqu’alors au campus de Velaine, avec les équipes de R&D qui sont déjà à Nancy, aujourd’hui chez AgroParisTech. J’ai souhaité réunir ceux qui forment les forestiers de demain et ceux qui préparent les forêts de demain. Se former pendant longtemps au même endroit, dans un campus où l’on dort la nuit, c’est la formule des années 1980, c’est fini. Aujourd’hui, les formations se font par séquence, sur des temps plus courts et au plus près du lieu de travail. L’objectif est de se doter d’un outil plus moderne et de le rapprocher du département « recherche, développement, innovation » (RDI) de Nancy.

Entretien réalisé par Chrystelle Carroy/Forestopic

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