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Forêt-bois: le ministre Stéphane Travert donne le top départ en vue d’un plan filière feuillu

Stéphane Travert, ministre français de l’Agriculture
Forêt-bois: le ministre Stéphane Travert donne le top départ en vue d’un plan filière feuillu

Dans un contexte de tensions sur le bois de chêne, Stéphane Travert donne une réponse à double détente à la filière forêt-bois. L’une pour le chêne à court terme, l’autre pour un plan de filière à moyen terme.

 

Ce ne sont pas des états généraux de la filière bois, mais presque. La crise du chêne donnera-t-elle l’occasion de faire naître de nouvelles opportunités économiques ? Stéphane Travert, ministre français de l’Agriculture, a réuni la filière forêt-bois, le 22 mars 2018, soit des membres et des représentants des organisations professionnelles France Bois Forêt (FBF), France Bois Industries Entreprises (FBIE) et France Bois Régions.

Le ministre en charge de la forêt endosse un rôle de facilitateur, en jouant sur deux pas de temps. D’une part, le court terme pour la filière du chêne. D’autre part, le moyen terme, avec le lancement de ce qui doit aboutir à un plan de la filière du feuillu, embrassant la production forestière, les scieries, la construction bois ou encore l’ameublement ; le secteur de la distribution est aussi susceptible de rejoindre ce mouvement.

Stéphane Travert duplique la méthode appliquée lors des états généraux de l’alimentation, organisés au second semestre 2017. Il a ainsi enjoint les parties prenantes d’une dizaine de filières agricoles de s’accorder sur des plans d’actions.

Les acteurs de la filière bois priés de dialoguer

Le ministre tient à voir les professionnels instaurer un dialogue entre eux. Cet amorçage pourrait contribuer à dénouer les tensions au sein de la filière du chêne. Rémi Petitrenaud, vice-président de la Fédération nationale du bois (FNB), y voit une approche constructive :

« Des propositions ont été faites de part et d’autre, avec un constat partagé. Il y a une volonté commune de la part des détenteurs de la ressource et des transformateurs de sécuriser l’approvisionnement, afin d’alimenter de manière pérenne la première transformation du bois. »

Même son de cloche à l’union de coopératives forestières UCFF. Selon son président, Cyril Le Picard :

« Ce fut une réunion nécessaire, d’écoute et de dialogue, et qui aboutit à la création d’un plan de filière. »

Crise du chêne : des actions en région

Les tensions sur le bois de chêne appellent des diagnostics région par région. Le ministère de l’Agriculture prévoit de confier à ses directions régionales (DRAAF) un rôle de médiateur. L’objectif ? Identifier les causes du manque d’approvisionnement des scieries, quelles sont les entreprises en difficulté, et, là aussi, engager des discussions interprofessionnelles au niveau local. Comme cela se fait déjà dans le Grand Est.

Cela sous-tend un état des lieux sur le type de grumes qui sont exportées, sur l’offre disponible et les besoins des scieurs, ou encore sur les prix de vente du bois commercialisé sur pied ou façonné. Et dans quelle mesure ces prix rencontrent une volonté ou une capacité d’achat de la part des acquéreurs potentiels. Un diagnostic qui doit permettre de fluidifier le marché dans les territoires.

Le débat se poursuit sur les modes de vente de bois

L’extension aux forêts privées du label UE reste une priorité, mais pas la seule, aux yeux de Rémi Petitrenaud, de la FNB. Déjà appliqué au bois des forêts publiques, il vise à en assurer la transformation au sein de l’Union européenne. Son avenir reste toutefois suspendu à une décision du Conseil d’État.

Or, un propriétaire forestier privé – c’est sans doute une première –, a voulu rejoindre cette démarche. Des bois labellisés UE doivent ainsi être mis en vente, début avril 2018 dans le Cher (Centre-Val-de-Loire), par la coopérative Unisylva qui agit alors en tant que prestataire de service.

Repenser les modes de vente du bois peut aussi passer par la contractualisation. Ce qui compte, c’est le résultat, affirme en substance Rémi Petitrenaud, également président éponyme de scierie et directeur de la Parqueterie du Beau Soleil :

« Tout est bon, du moment que l’on nous apporte un volume pérenne d’une année sur l’autre, afin que nous ne soyons pas obligés de faire tourner nos outils à mi-régime, comme c’est mon cas depuis 3 semaines. »

Réputée plus complexe que pour les résineux, la contractualisation des ventes des bois feuillus existe. La coopérative Forêts et bois de l’Est a ainsi entrepris de généraliser les contrats d’approvisionnement pour le feuillu, dans les qualités bois d’œuvre, en vue d’alimenter les scieries.

De son côté, le Syndicat de la filière bois (SFB) « s’étonne de n’avoir pas été invité à cette réunion interprofessionnelle ». Il s’en est ému dans un courrier adressé au ministre Stéphane Travert, où il relève : « Notre absence est d’autant plus regrettable que nos adhérents sont au cœur même du différend relatif à l’exportation vers la Chine de grumes de chêne. » Le ministre a voulu cette réunion en comité resserré, ce qui sous-tend que rien n’empêche les acteurs d’élargir leurs discussions à l’ensemble des parties prenantes concernées.

Des actions à 5 ou 10 ans pour le feuillu

Le plan filière feuillu devra décliner des actions à un horizon de 5 ou 10 ans, avec l’optique de mieux répartir la valeur ajoutée dans le pays, de la forêt jusqu’au produit bois final. À charge pour les interprofessions de rassembler leurs propositions.

FBIE a déjà engagé des travaux en ce sens, sur le thème du cadre de vie, ce qui peut englober les meubles, l’aménagement intérieur ou extérieur en bois. L’organisation vient d’ailleurs de déposer une marque intitulée « Cadre de vie : demain le bois ».

Chêne, frêne, hêtre…

Se préoccuper du chêne et aussi des autres arbres feuillus ? Cyril Le Picard, de l’UCFF, acquiesce :

« Pour les coopératives, il n’y a pas de crise du chêne. Certes, le chêne, matière noble, focalise l’attention ; il est demandé par le marché. L’enjeu est aussi de mettre en valeur le feuillu, pour impulser une récolte forestière dynamique. »

Au-delà du chêne qui défraie la chronique, au moins 4 millions de m3 de frênes malades, touchés par la chalarose, seraient à prélever des forêts de Normandie et des Hauts-de-France. « Allons-nous devoir exporter ce bois au Vietnam », interroge Cyril Le Picard. Et de citer également le hêtre comme méritant l’attention de la filière – cet arbre au bois dur constitue la troisième essence des forêts hexagonales en volume de bois sur pied, après les chênes pédonculé et rouvre, selon les Indicateurs de l’IGN.

Nicolas Douzain, délégué général de la FNB, n’était pas présent à la réunion interprofessionnelle, mais a son avis sur la question :

« Le hêtre et le frêne sont l’objet d’incantations sans preuve. Des scieurs ont des opportunités sur le frêne, mais ne parviennent pas à obtenir de garanties sur les volumes d’approvisionnement. S’il y a un problème, il est à caractériser. »

Les professionnels doivent remettre, d’ici à la seconde quinzaine de mai 2018, leur plan d’actions au gouvernement. Avec, en toile de fond, la mission confiée à Jean-Yves Caullet sur un rapprochement des trois structures FBF, FBIE et France Bois Régions.

Chrystelle Carroy/Forestopic

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