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Accès à la ressource en bois: forestiers, exploitants, scieurs, jouent leur va-tout

Le niveau de disponibilité de la ressource en bois ne fait pas consensus
Accès à la ressource en bois: forestiers, exploitants, scieurs, jouent leur va-tout

Y-a-t-il une pénurie de bois en France ? La question se pose en particulier pour le bois d’œuvre de chêne. Elle en entraîne d’autres sur l’organisation économique de la filière forêt-bois.

 

La commercialisation des grumes et l’approvisionnement des scieries reviennent sous les feux de la rampe. C’est le cas du chêne, mais pas seulement. Le député de Saône-et-Loire (Bourgogne-Franche-Comté), Rémy Rebeyrotte, est monté au créneau et a écrit au ministre en charge de la forêt, Stéphane Travert. Dans un courrier du 29 août 2017, le député pointe « la difficulté » d’approvisionnement des scieries de chêne.

Les scieurs mettent en doute la disponibilité de la ressource en chêne. Les unités de transformation restent en sous-capacité, selon Nicolas Douzain, délégué général de la Fédération nationale du bois (FNB) : « Les scieries françaises de chêne travaillent en une seule équipe, donc en 1x8. Elles pourraient faire plus avec les outils existants. »

Volumes de grumes de chêne à sciage disponibles pour les entreprises françaises et volumes exportés de 2007 à 2016. Source des données: Agreste, douanes Chine. Crédit de l’illustration: FNB.
Volumes de grumes de chêne à sciage (en m3) disponibles pour les entreprises françaises et volumes exportés de 2007 à 2016. Source des données: Agreste, douanes Chine. Crédit de l’illustration: FNB.

Le volume des grumes de chêne à sciage disponibles pour les scieries françaises est tombé, entre 2007 et 2016, de près de près de 2,5 à environ 1,4 million de m3, selon la FNB. Entre 2005 et 2017, le nombre de scieries de chêne a été quasiment divisé par deux, passant de 906 à 550, en parallèle à des gains de productivité.

La fédération des syndicats de forestiers privés Fransylva et l’Union des coopératives forestières (UCFF) en renvoient la responsabilité aux industriels, « dans le pays qui a le stock de bois sur pied le plus élevé d’Europe, mais qui manque cruellement d’innovations et d’investissements dans son industrie au plus près des zones de production ». Elles suggèrent de créer des aides au transport pour que les scieries puissent « s’approvisionner dans les régions démunies d’unités de transformation ».

L’ascension des prix du chêne, observée ces dernières années notamment en forêt privée, signale une tension sur la ressource. En forêt publique, les premières ventes d’automne 2017 de l’Office national des forêts (ONF) confirment cette tendance.

Sous-production ou surproduction forestière ?

Rémy Rebeyrotte se fait le porte-voix de professionnels et appelle à « une vérification de l’inventaire forestier national ». Nicolas Douzain, délégué général de la FNB, approuve et précise :

« Il est inadmissible que les uns voient une surproduction là où les autres voient une sous-production. Nous souhaitons la transparence sur la réalité de la ressource, ainsi que des chiffres porteurs d’une stratégie de filière. L’IGN reste une référence quant à l’inventaire forestier. Mais, il n’apporte pas de réponse sur la quantité de bois d’œuvre de qualité commerciale disponible à l’échelle des territoires. Les chênes qui sortiront de la forêt en 2035 ont bien leurs racines en terre aujourd’hui. Devons-nous doubler ou réduire d’un tiers les capacités de production de la scierie du futur ? »

En cela, la FNB est rejointe par le Syndicat de la filière bois (SFB) qui souhaite voir nommée une mission sénatoriale, afin d’« évaluer la ressource et ses modes de commercialisation ».

Une étude approfondie pour la Bourgogne-Franche-Comté
La FNB demande que soit réalisée une vérification approfondie de la ressource forestière en Bourgogne-Franche-Comté, en lien avec les parties prenantes, dont l’institut FCBA et des élus, « en vue de dégager un constat et une lecture partagée des chiffres ». La région représente 25 % de la production française en chêne et 32 % de la production de sciages. Les volumes de chêne récoltés dans les forêts publiques de Franche-Comté connaîtraient une baisse quasi constante depuis 2010.

Il existe certes l’étude prospective IGN-FCBA publiée en 2016, et qui comprend un découpage régional des disponibilités en bois à l’horizon 2035. La FNB récuse notamment l’idée sous-tendue par ce rapport selon laquelle du bois d’œuvre puisse être utilisé à des fins de bois énergie : « C’est prendre les forestiers et les scieurs pour des idiots », selon Nicolas Douzain.

Avec les contrats, « pas de problème d’approvisionnement »

Pour Cyril Le Picard, président de l’UCFF, les contrats pluriannuels sont une voie d’organisation du marché :

« Notre objectif est d’augmenter la contractualisation en chêne, à condition que les scieurs de chêne expriment clairement leurs besoins. J’observe que les scieurs de chêne qui contractualisent dans la durée avec les coopératives n’ont pas de problème d’approvisionnement, ni en quantité, ni en qualité. »

Antoine d’Amécourt, président de Fransylva se dit « fervent partisan des contrats d’approvisionnement », qui nécessitent une massification de l’offre :

« Cela passe par la professionnalisation des sylviculteurs et leur regroupement. Car un propriétaire forestier seul n’est pas en mesure de nouer un contrat. »

Et, remarque-t-il :

« C’est surtout dans les périodes tendues, quand il y a une crainte de manquer de bois, que les utilisateurs manifestent leur intérêt pour les contrats. »

L’amélioration de la logistique est appelée de leurs vœux par les deux organisations, Fransylva et UCFF.

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Contractualisation : chacun cherche ses chiffres

Les coopératives contractualiseraient 7 % de leur volume de bois d’œuvre de chêne. Un ratio évoqué par le député Rémy Rebeyrotte qui le juge insuffisant, repris à son compte par la FNB, non confirmé mais non démenti par l’UCFF qui s’abstient par ailleurs d’avancer ses propres chiffres sur le détail du bois contractualisé.

Une charte nationale a été signée fin 2016, dans le cadre du contrat stratégique de filière (CSF bois), pour favoriser la montée en puissance des contrats d’approvisionnement. Mais, elle ne s’accompagne d’aucun objectif chiffré.

La FNB plaide pour le développement de la contractualisation, mais non sa généralisation, comme l’illustre le cas de l’Île-de-France. L’UCFF se montre favorable à une contractualisation à hauteur de 30 % pour les bois de feuillus, et à 50 % ou au-delà pour les résineux qui poussent de manière plus standard. Pour l’ONF, le contrat d’objectifs 2016-2020 de l’établissement cible une part des volumes de bois commercialisés façonnés « essentiellement par contrats » à 50 % dans les forêts domaniales et à 30 % dans celles des collectivités.

Plus de 8 millions de mètres cubes de bois sous contrat
Chez les coopératives forestières, les mises sur le marché sous contrats pluriannuels s’élèvent à 5 millions de m3 de bois par an, selon les estimations de l’UCFF. Cela représente 71 % des quantités commercialisées par ces structures, auprès de scieries, papetiers, énergéticiens.
Dans les forêts publiques, la contractualisation porte sur plus de 3 millions de m3 en 2015, écoulés auprès de quelque 400 clients de l’ONF, pour plus de 10 millions de m3 commercialisés au total. Leur répartition selon les essences et les qualités (bois d’œuvre, bois d’industrie, bois énergie) est connue. « Le bois d’œuvre représente 60 % de nos volumes en contrat. Dans le bois d’œuvre, le résineux représente 70 % (très majoritairement sapin et épicéa) et le feuillu, 30 % (très majoritairement le hêtre) », précise Benoît Fraud, directeur commercial bois et service de l’ONF.
Quant à la durée des contrats d’approvisionnement que peut nouer l’ONF, elle est passée de 5 à 10 ans maximum, depuis qu’un décret du 7 avril 2017 a modifié le Code forestier. Les contrats des coopératives s’étalent typiquement sur 2 à 5 ans.

L’export des grumes reste un point d’achoppement

Le député Rémy Rebeyrotte propose au ministre Stéphane Travert de n’envisager l’export du bois que s’il contient moins de 20 % d’humidité. Cela revient à interdire l’exportation des grumes, comme l’a fait la Croatie pour le chêne, mi-2017.

Le SFB, qui rassemble des exploitants forestiers, n’a pas manqué d’aborder le sujet lors de son rendez-vous, le 26 septembre 2017, avec Vincent Abt, conseiller forêt du ministre de l’Agriculture, en présence notamment de David Caillouel, Charlie Mola, Samuel Bellée, respectivement président, vice-président et secrétaire général du syndicat. Un courrier s’en est ensuivi.

Selon le SFB, les restrictions sur les exportations, notamment les coûts dus à la redevance phytosanitaire, ont pour contrecoup une moindre mobilisation de certains bois, dont le hêtre, le frêne. Laurent Maréchaux, porte-parole du SFB, ajoute :

« Nous souhaitons réserver une part de notre chiffre d’affaires aux transformateurs français et pouvoir vendre les bois de chênes de qualité inférieure qui n’intéressent pas les scieurs du pays. Or, le label UE de l’ONF interdit d’exporter le bois de chêne vendu par l’ONF et également celui des forêts privées. En parallèle, si les essences secondaires ne sont pas valorisées, il n’est plus possible de réaliser des éclaircies et de renouveler la forêt. »

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Les invendus représentent 42 % des volumes de hêtre proposés à la vente par l’ONF durant l’automne 2017, d’après des données compilées par le SFB. Quant aux contrats d’approvisionnement de l’Office, ils favorisent les plus grosses scieries, estime le syndicat. Quelque 500 petites scieries de proximité seraient menacées. Le SFB a lancé une pétition, en septembre 2017, qui a recueilli plus de 200 signatures, en vue d’« optimiser la valorisation du patrimoine forestier et l’accès pour tous à la ressource ».

Appels au dialogue

Entre Cyril Le Picard pour qui « il faut se parler », Nicolas Douzain qui invite à « discuter calmement s’il y a un malentendu sur certaines catégories de produits », et le SFB qui propose une table ronde, il y aurait matière pour un Grenelle ou des états généraux de la forêt et du bois.

Chrystelle Carroy/Forestopic

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