Adieu à Edgard Pisani, architecte visionnaire de la politique forestière

Edgard Pisani
Adieu à Edgard Pisani, architecte visionnaire de la politique forestière

Edgard Pisani, père fondateur de l’Office national des forêts (ONF) et des Centres régionaux de la propriété forestière (CRPF), vient de quitter ce monde.

 

Il se présentait comme le premier ministre de l’Agriculture à s’intéresser à la forêt*, et les forestiers le lui rendent bien.

Edgard Pisani a quitté ce monde, le 20 juin 2016, à 97 ans. Ministre de l’Agriculture de 1961 à 1966, il laisse dans les annales, et dans les forêts, plusieurs clés de voûte de la politique forestière française, dont deux principales :
– la loi qui porte son nom, dite loi Pisani, du 6 août 1963, crée des outils de gouvernance pour les forêts privées, en particulier les Centres régionaux de la propriété forestière (CRPF).
– Edgard Pisani est aussi le père fondateur de l’Office national des forêts (ONF).

Une révolution dans la gestion des forêts publiques

Christian Dubreuil, directeur général de l’ONF, salue aujourd’hui :

« la mémoire et le courage d’un homme visionnaire qui a su, en créant l’Office il y a 50 ans, révolutionner la gestion des forêts publiques françaises ».

La création de l’ONF, allant de pair avec le démembrement de l’administration des eaux et forêts, rencontre à l’époque de farouches oppositions. Ainsi, la loi du 23 décembre 1964 aboutit à la création de l’ONF, en janvier 1966, en tant qu’établissement public à caractère industriel et commercial, jouissant d’une autonomie juridique et financière. Les recettes issues de la gestion des forêts domaniales, et dans une certaines mesure des forêts communales, ne se noient plus dans le budget de l’État mais reviennent à l’ONF.

Lors de l’installation de l’ONF par le premier ministre Georges Pompidou, le 6 janvier 1966, Edgard Pisani déclare :

« La forêt marque l’évolution des civilisations, de la pensée qu’un peuple a de lui-même. »

Du giron de l’administration à une logique entrepreneuriale

Patrick Falcone, adjoint au directeur général de l’ONF, voit dans la création de l’Office une rupture historique :

« Jusqu’alors, une seule administration remontant à 1291 sous Philippe le Bel gérait la forêt, ainsi que la chasse et la pêche. Considérant que la filière bois est une filière d’avenir, Edgard Pisani fait sortir la forêt publique du giron de l’administration. La forêt publique entre alors dans une logique entrepreneuriale et un établissement public se met au service d’une filière. Nous vivons encore aujourd’hui dans ce modèle. »

Un cadre partenarial entre l’État et les forestiers privés

Les forêts privées connaissent, elles aussi, une rupture historique. Selon Thomas Formery, directeur général du Centre national de la propriété forestière (CNPF) :

« Auparavant, tout se concentrait entre les mains de l’administration, y compris le contrôle des forêts privées. Edgard Pisani a eu cette démarche extrêmement moderne pour l’époque de reconnaître que l’économie de la nation a besoin de la forêt privée, constituant les trois quarts de la forêt française, alors que, déjà, nous importions du bois. »

Ce faisant, les propriétaires privés restent maîtres de leurs forêts tout en s’insérant dans le cadre partenarial, décentralisé, régionalisé, des CRPF, bâtis sur le modèle des chambres d’agriculture. Thomas Formery poursuit :

« Avec la création des CRPF, l’État passe une sorte de contrat avec les représentants professionnels des forêts privées. Les professionnels gouvernent ces établissements. Certes, l’administration a un droit de veto, mais ce n’est pas elle qui vote. Ce sont les forestiers qui prennent les décisions. Ces principes existent toujours aujourd’hui. »

La création du CNPF intervient plus tard, en 2010.

Le forestier décide, le CRPF agrée

Entre autres nouveautés, la loi forestière de 1963 introduit le plan simple de gestion. Thomas Formery, du CNPF, y voit une autre avancée :

« C’est une idée moderne que de dire, au propriétaire forestier, vous décidez de ce que vous voulez faire et, ensuite, vous le faites. Le propriétaire rédige le plan de gestion, agréé par le CRPF. L’administration en contrôle la mise en œuvre. »

Edgard Pisani fut aussi résistant, ministre de l’Équipement, ministre chargé de la Nouvelle-Calédonie, sous-préfet, député, sénateur, maire, européen convaincu ou encore président de l’Institut du monde arabe (IMA).

Chrystelle Carroy/Forestopic

* « La gestation difficile de l’Office national des forêts », par Christian Delaballe.

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