L’économie circulaire, planche de salut de la palette bois

Réparateur de palettes avec pistolet cloueur
Réparateur de palettes avec pistolet cloueur (crédit photo: PGS)
L’économie circulaire, planche de salut de la palette bois

Les professionnels de la palette affichent l’économie circulaire parmi leurs priorités. La standardisation, la traçabilité et diverses innovations permettent de faire primer l’usage sur la possession.

 

« Ceux dont l’activité se limite à la seule vente de palettes vont mourir. Le monde de la palette en bois doit se remettre en cause, face à la concurrence d’autres matériaux et à la nouvelle économie qui repose sur les start-ups, la digitalisation, la fonctionnalité. »

En ces termes, Jean-Louis Louvel ne mâche pas ses mots. Co-président fondateur de PGS, il est aussi président de la commission palettes de la Fédération nationale du bois (FNB). Capitaliser sur l’économie circulaire est une priorité des trois années à venir, pour les professionnels réunis dans cette commission (ex-Sypal). Celle-ci vient d’ailleurs d’adhérer à l’Institut de l’économie circulaire.

Le bois a de la marge. Il domine le marché de la palette à plus de 90 %. Néanmoins, le secteur doit se préparer à une évolution que Jean-Louis Louvel juge « inéluctable ».

La fabrication et le reconditionnement des palettes consomment 25 % de la production française de sciages. En fabricant 54 millions de palettes bois neuves chaque année dans le pays, 450 entreprises réalisent 440 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et sur 102 millions de palettes récupérées après utilisation, 91 millions retournent sur le marché, avec 250 entreprises actives sur ce créneau (363 millions d’euros de chiffre d’affaires).

L’économie circulaire, une autre approche du cycle de vie des produits
La loi sur la transition énergétique de 2015 aborde ainsi l’économie circulaire : « La transition vers une économie circulaire vise à dépasser le modèle économique linéaire consistant à extraire, fabriquer, consommer et jeter en appelant à une consommation sobre et responsable des ressources naturelles et des matières premières primaires ainsi que, par ordre de priorité, à la prévention de la production de déchets, notamment par le réemploi des produits, et, suivant la hiérarchie des modes de traitement des déchets, à une réutilisation, à un recyclage ou, à défaut, à une valorisation des déchets. »

Planter un million d’arbres

Les palettes ont déjà six ou sept vies, au fil des réparations et des reconditionnements. Elles tendent à durer plus longtemps encore, tandis que les logiciels font la chasse aux surdimensionnements. Cela va-t-il diminuer leur consommation de bois ? « C’est possible », répond Patrice Chanrion, responsable de la commission palettes de la FNB. Jean-Louis Louvel y voit un moyen de « réduire les tensions sur les différents usages du bois, notamment en énergie ».

La matière première bois, la sécurisation de l’approvisionnement restent d’actualité. Les professionnels de la FNB envisagent une action de soutien au reboisement. Cela porterait sur la plantation d’un million d’arbres en France, l’équivalent d’un an de production de palettes neuves.

La palette provient, pour l’essentiel, des bois d’éclaircies, de pin maritime, douglas ou autres essences. Une soixantaine de fabricants, « les plus gros » selon la FNB, détiennent la certification PEFC.

Le poids moyen de la palette est, par ailleurs, susceptible d’augmenter en vue de la faire gagner en résistance lors de ses multiples rotations.

Plus de standardisation et de traçabilité

« La profession poursuit ses efforts pour standardiser la palette, ce qui en réduit le nombre de formats »,

précise Patrice Chanrion.

La standardisation est l’un des points clés pour privilégier l’usage plutôt que la possession. La traçabilité en est un autre. Elle doit garantir que la palette a bien reçu un traitement phytosanitaire conforme à la norme internationale NIMP15. Or, selon Patrice Chanrion :

« Le marquage actuel ne donne aucune garantie. »

Un nouvel outil portatif, en cours de développement par l’institut FCBA, doit y remédier. La mise au point de cette technologie, basée sur le spectre infrarouge, est susceptible d’être finalisée mi-2017.

Les industriels s’orientent, en parallèle, vers un traitement par micro-ondes, en substitut de la méthode thermique, à 56 °C au cœur du bois pendant 30 minutes. Francepal (groupe Pooling Partners) est sur les rangs pour accueillir un site pilote, en lien avec le fabricant de fours danois Imitek et le Critt* bois d’Épinal. Les tests pourraient démarrer en 2017, sous réserve que la commission palettes reçoive pour cela des financements de France Bois Forêt. Les conclusions en seraient ensuite présentées aux services de l’État, en vue de solliciter une validation du procédé, réputé plus rapide et économe en énergie, et susceptible d’éradiquer les bleus et moisissures du bois.

Le futur outil portatif pourra-t-il aussi contrôler le traitement par micro-ondes ? « Rien ne l’empêche. Un développement devrait être réalisé », estime Patrice Chanrion.

De nouveaux modèles économiques

De nouveaux modèles « circulaires » sont déjà à l’œuvre. La standardisation des palettes facilite les multiples rotations, la location, autrement dit l’usage, plus que la possession.

Francepal a vu ses effectifs passer d’une soixantaine à 75 collaborateurs, en développant le reconditionnement depuis 2007. L’entreprise a notamment ouvert une unité, dans l’Allier, chez l’embouteilleur Cristaline. Ce dernier dispose ainsi de palettes à domicile, ce qui lui épargne les coûts de logistique. Francepal y traite un million de palettes par an, collectées auprès de la grande distribution. Et 30 % des flux remis sur le marché se destinent à l’embouteilleur.

PGS mise sur la location avec sa start-up PGS Reverse. Comme l’explique le patron du groupe, Jean-Louis Louvel :

« PGS Reverse ne vend pas le produit, mais la mise à disposition de la palette. Il n’y a plus à transporter l’emballage vide pour qu’il revienne chez le client, une fois son produit livré. Un autre client pourra l’utiliser sur place. »

Lancé en 2009, PGS Reverse vise 10 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2017, avec une dizaine de collaborateurs et des prestataires en soutien.

La relocalisation virtuelle, soit l’échange de palettes sans leur transfert physique, vaut aussi pour la palette à dosseret, grâce à une massification des flux. Le groupe normand est entré sur ce marché de niche ; le dosseret se dédie au transport de portes ou de fenêtres. Le système pliable de PGS, breveté, vient d’être distingué par les Oscars de l’emballage 2016. Comme elles se plient, trois ou quatre fois plus de palettes à dosserets peuvent se charger sur un camion.

Développer la réutilisation et le recyclage

Des initiatives bourgeonnent pour donner une nouvelle vocation aux palettes usagées. Des créateurs en font du mobilier. Sofrinnov, jeune entreprise toulousaine, transforme ces outils de manutention en abris d’urgence, sous la marque Rescooz.

En fin de vie, les palettes s’orientent à 80 % en valorisation énergétique après broyage. Les panneautiers absorbent l’essentiel des 20 % restants, aux côtés d’autres débouchés comme le paillage (mulch). De nouveaux modes de recyclage restent à développer.

Chrystelle Carroy/Forestopic

* Critt : Centre régional d’innovation et de transferts technologiques.

Reproduction interdite sans autorisation écrite préalable.