Export des grumes: le traitement thermique se met en place

Traitement thermique de grumes
Export des grumes: le traitement thermique se met en place

De nouvelles unités de traitement phytosanitaire des grumes se mettent en place, dans les ports du Havre, de Fos-sur-Mer et, bientôt, à Brest. Une période transitoire qui ne va pas sans casse parmi les entreprises.

 

La Chine a été appelée à la rescousse. C’est finalement le traitement thermique à 71,1 °C sous écorce qui est retenu par le géant asiatique pour les grumes que ce pays importe. Le protocole de traitement phytosanitaire a fait l’objet d’une validation, début octobre 2016, par le ministère français de l’Agriculture et de la Forêt.

Dans les zones portuaires, des unités de désinsectisation à 71,1 °C voient le jour, avec un procédé breveté Thermotainer (selon un protocole Thermobiox). Agronet a investi 700 000 euros, R&D comprise, pour une plate-forme au Havre. L’installation peut traiter jusqu’à 15 conteneurs par jour. Une autre doit entrer en service à Brest, début 2017. À Fos-sur-Mer, près de Marseille, la société Environnement Services dispose de capacités similaires à celles du Havre. La création d’une plate-forme additionnelle se prépare, également au port du Havre.

Le Syndicat de la filière bois (SFB) évalue « les besoins français à 160 conteneurs par jour », soit cinq fois plus que ce qui se fait à présent. Le thermique nécessite, en outre, des investissements dans du matériel de manutention dédié.

« Mise en œuvre dans la précipitation »

« Il nous a fallu attendre la validation du ministère, en octobre, avant de commander des machines »,

souligne Benoît Vacquer, dirigeant d’Agronet.

Une situation que déplore Charlie Mola, vice-président du SFB qui revendique aujourd’hui près de 500 adhérents, dont deux tiers d’exploitants forestiers :

« Le traitement par pulvérisation au Forester a été interdit, alors qu’il n’y avait pas d’alternative. Nous travaillons maintenant dans la précipitation pour mettre en œuvre la nouvelle méthode. »

Chiffres d’affaires en chute, licenciements… Des exploitants forestiers en panne de débouchés font face à des difficultés économiques. Par exemple, Guilmin, société basée dans le Morbihan, est sous le coup d’un redressement judiciaire.

Les ports français se trouvent en compétition avec l’Espagne ou la Belgique. Dans le port belge d’Anvers, s’applique, à un coût moindre, la fumigation au fluorure de sulfuryle (Profume). Des professionnels décompteraient plus de 500 conteneurs de grumes françaises partant chaque mois pour Anvers, depuis juillet 2016.

L’exportation d’une matière première en débat

L’exportation de ces bois ronds reste sujette à débat. Selon Charlie Mola, du SFB :

« Les exploitants forestiers se positionnent sur des qualités de bois sur pied peu demandées par les scieries françaises. Ils ne pourraient pas, sinon, entrer en compétition avec les prix d’achat des scieurs. »

Une position que réfute Nicolas Douzain, délégué général de la Fédération nationale du bois (FNB) :

« On dit les scieries françaises incapables d’absorber les bois de qualités secondaires. Mais, les scieurs seraient-ils assez fous pour signer un accord avec l’Office national des forêts sur l’approvisionnement en chêne de qualité secondaire, s’il n’y avait pas de débouché. Ces bois servent à produire des traverses, des charpentes, des planches. Après des années d’enfer pour le chêne, les marchés repartent. »

Le SFB n’en démord pas et pointe une hausse des invendus. Il en veut pour preuve un sondage qu’il a réalisé, lors des ventes de l’automne 2016, auprès d’agences régionales de l’ONF et portant sur des bois de feuillus non labellisés UE. Les invendus représentent 10 % à 70 % des lots (44 % en moyenne).

Redevance phytosanitaire jugée trop élevée pour le thermique

Jouant contre la montre, le SFB avait attaqué en justice, à l’été 2016, la nouvelle instruction technique sur la certification phytosanitaire des grumes destinées à l’export. Sa requête a reçu une fin de non recevoir, car portant sur une seule entreprise pour laquelle l’export ne représente que 10 % de l’activité.

Le syndicat professionnel a, par ailleurs, proposé à la FNB de mettre en place des « contrats de préférence » afin de vendre, en priorité aux scieurs français, les grumes autrement destinées à l’export. Ce dossier est au point mort.

Aujourd’hui, demande est faite, auprès du ministère chargé de la forêt, de revoir la redevance phytosanitaire. Car le procédé thermique se voit appliquer un taux aussi élevé que le traitement chimique. « Pour un lot de 500 m3, la taxe est passée de 120 à 1 400 euros en 2 ans », observe Charlie Mola. Appliquer, au thermique, le même taux que pour l’écorçage – un procédé non privilégié pour l’export – reviendrait à un allègement de la redevance.

Chrystelle Carroy/Forestopic

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