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La construction bois pour réinventer le cadre de vie (Véronique Klimine, ADIVbois)

Véronique Klimine
La construction bois pour réinventer le cadre de vie (Véronique Klimine, ADIVbois)

La construction d’immeubles en bois est l’occasion d’innover en matière d’architecture, de cadre de vie, d’organisation des chantiers. Entretien avec l’architecte Véronique Klimine.

 

Un nouveau courant architectural va-t-il naître des projets d’immeubles de moyenne et grande hauteur en bois, qui parsèment la France ? Potentiellement oui, à en croire Véronique Klimine, présidente de la commission « Architecture, design et marketing » de l’association ADIVbois et architecte au sein de l’agence R2K, basée à Grenoble et spécialisée dans le bois.

ADIVbois a réalisé une étude* de perception sur les immeubles en bois. Qu’en retenez-vous ?

V. K. : Le public souhaite de la modularité, de la flexibilité, pour le logement comme pour l’espace de travail ; 90 % des Français ont un capital de sympathie pour le bois. Ce matériau est porteur de sens et associé à la transition énergétique. Le public aime l’architecture créative, voire organique, avec des espaces vitrés ouverts sur l’horizon.

Qu’entendez-vous par « architecture organique » pour la construction bois ?

V. K. : C’est une architecture avec des formes douces, arrondies, qui viennent de la nature. Dans le cadre de l’étude de perception, nous avons concocté des exemples, présentés sur des planches, dont l’une très organique montre des structures en forme de voûte, des balcons en forme de coquillage. C’est ce qui fait le plus rêver les gens, une architecture non répétitive, avec des éléments creux et de la verdure. Le bois peut avoir une forte expressivité dans ce domaine.

Exemple de planche, ici d’architecture dite organique, présentée dans le cadre de l’enquête de perception ADIVBois sur les immeubles en bois
Exemple de planche, ici d’architecture dite organique, présentée dans le cadre de l’enquête de perception ADIVbois sur les immeubles en bois (illustration: droits réservés)


Cela paraît éloigné des constructions d’aujourd’hui.

V. K. : La majorité de nos bâtiments sont parallélépipédiques. Et le cadre de vie reste un parent pauvre de l’habitat, avec des cloisons non mobiles, une fenêtre centrée dans chaque chambre. Or, les utilisateurs sont dans l’attente de pouvoir personnaliser leur logement. Si un immeuble en bois intègre des aménagements astucieux, il n’y aura plus besoin de déménager tant de meubles souvent inadaptés au logement. Une verticalisation de la construction bois s’observe depuis 10 ans à l’international. La France ajoute une spécificité qui est le cadre de vie.

Comment mettre en œuvre cette nouvelle approche de la construction et de l’agencement dans la filière bois ?

V. K. : Il y aurait peut-être deux métiers pour construire ces immeubles, d’une part, la construction et son enveloppe thermique et, d’autre part, un aménageur agenceur se chargerait de l’intérieur, depuis la plomberie jusqu’aux cloisons. Si l’on mise sur le travail en atelier, sur le préfabriqué, plutôt que de prendre les cotes à la fin des travaux, cela permet d’améliorer les finitions, la gestion des chantiers, ainsi que la créativité. C’est ce que fait l’hôtellerie où une chambre est apportée sur site en plusieurs morceaux avec, par exemple, la vasque du lavabo de la salle de bain déjà en place sur la cloison.

Un vade-mecum pour les immeubles en bois
Définition des immeubles en bois, tendances du marché, état de l’art sur différents procédés constructifs tels que lamibois, lamellé-croisé (CLT) ou poteaux-poutres, sécurité incendie, acoustique, entretien des ouvrages et autres considérations d’ingénierie-conception, sont autant de thématiques abordées dans le Vade-mecum des immeubles à vivre en bois que vient de publier ADIVbois. L’ouvrage présente aussi, notamment, la marque collective en préparation dédiée à ce type de bâtiments. Ce vade-mecum entre dans le cadre du concours en cours pour la réalisation de bâtiments démonstrateurs de moyenne et grande hauteur en bois.

Quels sont les verrous à lever pour une massification de la construction d’immeubles en bois, selon vous ?

V. K. : Pour les habitants, l’imaginaire du bois, du confort, de la forêt, se rattache à la nature, à l’environnement. Il faut alors préciser d’où vient la ressource, comment elle est cultivée, comment le bois est récolté, et expliquer qu’il ne provient pas de forêts dévastées.

Il faut aussi souligner pour tous qu’une construction, ce n’est pas l’enveloppe. Autrement dit, une construction peut être en bois, sans que son revêtement extérieur, sa façade, soit en bois. Une construction bois n’est pas un bâtiment comprenant une part importante de bois et qui tient sur du poteau en béton. Une construction est en bois quand elle tient debout sur du bois.

Et tout ceci, avec quel modèle économique ?

V. K. : Si l’immeuble en bois se compare au sortir du chantier avec d’autres modes constructifs, il n’est pas forcément compétitif. La massification des outils de travail depuis 50 ans dans le béton a permis une baisse significative des coûts de production. Le bois peut gagner en compétitivité en travaillant sur l’aménagement, qui procure un gain de la valeur patrimoniale, sur la rapidité des chantiers ou sur le cycle de vie.

Entretien réalisé par Chrystelle Carroy/Forestopic

* Étude quantitative (1 500 personnes interrogées) et qualitative (30 foyers rencontrés).

Reproduction interdite.

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